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16/12/2018

Du succès en littérature contemporaine : le système bien rôdé de Cécile Coulon, par Gregory Mion

Crédits photographiques : Lucy Nicholson (Reuters).

Voici quelques mois déjà, j'avais publié une longue note, pour le moins fouillée et sourcée, établissant une liste de très curieuses coïncidences entre deux romans, l'un connu, sous la plume du très médiatique Michel Houellebecq dont le moindre haussement de sourcil désabusé met en émoi la clique journalistique, Soumission, l'autre passé presque totalement inaperçu, L'Oreille de Lacan d'un auteur pour le moins discret, Patrice Trigano. Ce dernier avait pris la peine de m'écrire (courriel reproduit avec son accord à la fin de mon article) pour partager mon étonnement, c'est là un euphémisme pudique, puisque lui-même avait pu constater ces mêmes ressemblances que je pointais entre un roman que le dernier sous-pigiste de comptoir était capable d'évoquer en trois phrases idiotes et fausses et un autre qui n'avait pas eu les faveurs de la presse, non parce qu'il fût faible ou d'une écriture relâchée, voire qu'il eût pu rougir face à son prestigieux impétrant, mais parce que, tout simplement, ladite presse s'en contrefoutait.
Gregory Mion, n'ayant visiblement pas digéré, comme d'autres, l'inconcevable nullité, non pas tant d'un recueil de poèmes pas même passable que d'un recueil de poèmes nullissime et primé pour sa nullité même, en toute connaissance de cause, par le jury du prix Apollinaire, m'a récemment avoué qu'il s'était inspiré de ma note pour écrire celle que vous allez lire, et dont je ne dirai rien, si ce n'est qu'elle pointe, à son tour, d'étonnantes coïncidences que nous bornerons bien sûr au royaume lointain de Clermont-Ferrand, où la consanguinité la plus éhontée, l'entreléchage le plus décomplexé, le renvoi d'ascenseur le moins discret ont après tout droit de cité aussi bien qu'à Paris qui, par sa taille, rend ces quotidiennes et banales manœuvres non moins discrètes mais presque immédiatement englouties par la ville journalistique qui jamais ne dort, comme une putain qui serait artificiellement maintenue en état de veille pour secourir les nécessiteux à toute heure du jour et de la nuit.
Un dernier mot, qui concerne l'un des membres du jury du prix Apollinaire, Philippe Delaveau. Il y a quelque temps déjà, celui-ci m'envoya un courriel enthousiaste saluant les vertus roboratives de La Zone et me fit envoyer, de sa part, plusieurs de ses recueils de poésie. L'homme étant prolifique comme l'indique d'abondance telle notice consacrée à sa production pléthorique, j'eus de la chance de ne pas recevoir un camion entier de services de presse de la part des principaux éditeurs de l'infatigable poète.
J'oubliais de le lire, ce verbe delavien qui ressemble étrangement à délavé, étonné, peut-être à tort, de constater que la poésie pouvait se répandre comme un fleuve débordant son lit, alors que le lecteur énorme de poètes que je suis (moi qui n'en parle presque jamais, et avec crainte et tremblement) m'a toujours laissé penser qu'une véritable somme poétique se distingue, aussi, d'abord écrirais-je si j'étais méchant, par sa rareté : si un poète ne tient pas une plume pour rire ou tenter de concurrencer la bibliothèque de Babel que l'on sait infinie, il doit se contraindre, se restreindre, bref, se retenir d'écrire, car la poésie véritable n'a pas grand-chose à voir avec la production d'une encyclopédie, à la manière du verbeux Yves Bonnefoy.
Quelle ne fut pas ma surprise, au moment où l'inepte Hello Coulon reçut le prix Apollinaire pour ses Ronces, minable végétation que l'on supposera avoir été quotidiennement arrosée par un caniche amateur de vraie poésie pour présenter une apparence aussi étique et souffreteuse, de constater que Philippe Delaveau, avec d'autres pointures littéraires internationales comme Tahar Ben Jelloun, faisait partie du jury ayant célébré les noces de la poésie la plus haute avec la vulgarité publicitaire d'une gamine arriviste dont les dents, moins transparentes que les cheveux, semblent avantageusement remplacer quelque solide piolet utilisé pour grimper à flanc des volcans d'Auvergne.
Me souvenant alors du courriel que m'avait envoyé Philippe Delaveau, je décidai de lui écrire pour m'étonner qu'il ait pu, d'une façon ou d'une autre, cautionner la remise d'un quelconque prix à Cécile Coulon, à plus forte raison un prix se parant du prestige de Guillaume Apollinaire dont le squelette, pauvre de lui, a dû trembler jusqu'à son plus petit os de pied en apprenant que son nom pût un jour être accolé à celui d'Hello Coulon/ Cécile Kitty et que, s'il n'avait pas adoubé cette mascarade, il ne s'en soit pas immédiatement désolidarisé, par quelque modeste coup d'éclat si habituel dans la République des lettres.
S'ensuivit une assez longue et ma foi fort amène correspondance (*) que je n'ai bien sûr pas le droit de reproduire (le très prudent Delaveau me le rappelant du reste systématiquement, d'une petite phrase en italiques et/ou caractères gras, au cas où j'aurais quelque mal à lire voire comprendre ce que je lisais), mais dont je puis en revanche indiquer les grandes lignes et même l'esprit, correspondance qui me permit pêle-mêle d'apprendre que Philippe Delaveau n'était pas présent le jour de vote dudit prestigieux prix, pas davantage apparemment que son président, Jean-Pierre Siméon, dont je lui appris tout de même qu'il vivait à Clermont-Ferrand, cette ville que l'on me permettra d'associer à Marien Defalvard plutôt qu'à notre écrinaine peroxydée, qu'il se désolait encore de la nullité, en effet patente et franchement navrante, de la rimaille de Cécile Coulon, que la récompense reçue ne pouvait en aucun cas être imputable à une quelconque combine comme cela se voyait tous les jours dans toutes les sphères de la vie publique française, mais à une somme, certes regrettable admit-il sans peine, de petites défaillances qui, s'accumulant, auraient bien pu finir par faire sortir Apollinaire de ses gonds voire de son caveau, que jamais il n'avait envisagé, non, pas une seule seconde, comme je le lui avais malignement suggéré, de démissionner d'un prix s'intitulant Apollinaire et primant Coulon, puisque, ne tarda-t-il pas à me dire avec force lyrisme digne de l'évocation d'un splendide coup de force mené de haute main et de pied léger par de téméraires partisans infiltrés dans les lignes ennemies, puisque sa place, inconfortable mais courageuse, m'assura-t-il la main que l'on supposait sur le cœur et l’œil sans doute humide, était à l'intérieur du repaire d'étourdis et de si piètres lecteurs qui avaient pu confondre Hello Kitty avec Anna Akhmatova ou Elizabeth Browning, au sein même du jury défaillant dont il fallait sauver l'honneur, par une participation discrète mais pas moins énergique censée éviter, à l'avenir, une décision aussi stupide et lamentable que celle pouvant laisser penser, auprès de badauds et d'imbéciles journalistiques, que Cécile Coulon, romancière pas même passable, était une poétesse, même de seconde voire troisième classe, alors que sa place se trouvait dans le wagon transportant les baudets, avec celles et ceux qui la considèrent comme autre chose qu'une ambitieuse qui, dans l'état de déliquescence intellectuelle caractérisant les pseudo-élites françaises, surtout celles se piquant de jugement littéraire, finira bien par recevoir les funérailles nationales qui servirent d'ultime cortège à Victor Hugo.

Juan Asensio



* Viviane Hamy, elle, l'ancienne éditrice de Cécile Coulon, a préféré me rencontrer, toujours à la suite de la publication de la note indiquée. Nous avons là encore assez plaisamment discuté de choses et d'autres dans le bureaux de celle qui édita de longues années durant notre ambitieuse écrivante.


«Après avoir rendu bien sot leur bétail, et avoir soigneusement pris garde que ces paisibles créatures n’aient pas la permission d’oser faire le moindre pas hors du parc où ils les ont enfermées, ils leur montrent le danger qui les menace, si elles essaient de s’aventurer seules au dehors.»
Kant, Réponse à la question «Qu’est-ce que les Lumières ?».

Liminaire aux vanités coulonnesques

Dans le même esprit qu’un illustre fragment de Pascal où celui-ci nous montre qu’une ville et une campagne, de loin, sont conformes à ce que l’on entend par «ville» et par «campagne», mais que, de près, tout cela devient «des maisons, des arbres, des tuiles, des feuilles, des herbes, des fourmis, des jambes de fourmis, à l’infini» (1), nous disons ainsi de Cécile Coulon, à très grande distance, qu’elle a reçu un Prix Apollinaire, puis, en nous approchant de cette canonisation qui participe du santo subito, nous affirmons plutôt qu’elle a été récompensée pour sa nullité culminante, ses terminologies nunuches, ses ventrées de lapalissades, comme si l’excès de défaillances littéraires majeures avait brutalement eu l’audace de se décupler avec effronterie. Et pour paraphraser Pascal dans le fragment cité, toute cette impotence poétique, en 2018, s’enveloppe sous le nom de Prix Apollinaire.
Les lecteurs et les intelligences de bon aloi ont été à juste titre sidérés par la décision du jury lorsqu’il a choisi collégialement, supposons-le, d’associer le nom de Cécile Coulon à celui de Guillaume Apollinaire. La profanation n’est pas anecdotique dans la mesure où nous célébrions cette année le siècle de la mort du rhapsode abattu par la grippe espagnole. On était donc en droit d’attendre une autre signature que celle de Cécile Coulon pour accompagner ce centenaire commémoratif. On était même en droit de passer outre les affaires courantes et de distinguer Apollinaire lui-même, à titre posthume, pour son œuvre immortelle et fortifiante. Au lieu de cela, on a confirmé la disgrâce croissante de la France en élevant Cécile Coulon au rang de poète, sans doute par mauvaise volonté de rajeunir une institution, voire par désir abusif d’enfreindre les lois d’airain de la vérité poétique.
De telles infractions engagent la légitimité d’un jury tout entier, à commencer par celle de son président, Jean-Pierre Siméon. En effet, si Cécile Coulon avait eu des arguments réellement sublimes pour disqualifier ses rivaux, si son écriture avait eu la puissance adéquate pour éliminer illico presto les compétiteurs du Prix, nous n’aurions pas contesté le moins du monde les actes de son couronnement. Mais au-delà d’un recueil franchement indigent et inopportun pour le Prix Apollinaire, Cécile Coulon, avec Les Ronces, publiait sa première moisson d’anti-Parnasse, et l’on se demande pour quelles mystérieuses raisons elle n’a pas été spontanément rétrogradée dans la catégorie en-dessous, en l’occurrence dans la sélection du Prix Apollinaire Découverte. À notre humble avis, son travail, si toutefois ce mot a encore un sens ici, n’aurait même pas dû apparaître dans l’une ou l’autre des sélections, tant et si bien que la décision d’inscrire immédiatement Cécile Coulon dans la catégorie supérieure relève selon toute vraisemblance d’une espèce de passage en force. Sachant que tous les autres concurrents de Cécile Coulon n’étaient pas des apprentis sorciers et que certains d’entre eux avaient même plusieurs décennies de vie poétique au compteur, Les Ronces, qu’on le veuille ou non, faisaient bien office de présence parasite parmi cette constellation plus ou moins respectable d’amants des Muses. C’est en tout cas la réflexion naturelle que nous avions eue en avisant le nom de Coulon dans la sélection finale du Prix Apollinaire, datée du 20 juin 2018, soit un peu plus d’un mois après la publication officielle des Ronces par le Castor Astral, à savoir le 16 mai 2018. Seul Abdellatif Laâbi fait mieux avec son recueil L’espoir à l’arraché, publié le 7 juin 2018 par le même Castor Astral, à ceci près que le barde marocain est un septuagénaire éminemment connu dans le milieu poétique, aussi pouvait-on se permettre une sélection de dernière minute et faire confiance aux qualités avérées du créateur, comme cela se fait parfois au Festival de Cannes pour de vieux routiers du cinéma.
Non, décidément, cette présence des Ronces dans la sélection principale a quelque chose de métaphysiquement suspect. Il s’agit d’une dissonance dérangeante qui vient troubler l’ordre stellaire de la poésie. Et hors de toute tonalité grandiloquente, avec une stricte objectivité, il faut questionner les médiocrités potentielles qui ont propulsé Les Ronces au cœur du débat poétique. De deux choses l’une : ou le jury du Prix Apollinaire ne sait pas lire, ou le jury a procédé à la sélection et à la consécration de Cécile Coulon en accusant plusieurs accidents formels et informels. Car si la sélection de Coulon était déjà impensable, son sacre, en aval, n’est passible d’aucun prédicat. Par conséquent, comment un jury a-t-il pu deux fois valoriser la nullité ? Par quel miracle ne s’est-il pas trouvé quelques objecteurs de conscience pour taper du poing sur la table afin de renvoyer Cécile Coulon à ses lassantes trivialités ? Comment il a été possible d’admettre que Cécile Coulon, aussi piètre romancière que poète, puisse valoir davantage que tous les candidats au Prix Apollinaire de cette année bientôt écoulée ?
Nous ne sommes pas des ermites perdus dans le désert de l’interpellation, en ce sens que nous avons pu recenser ici ou là des voix consternées, indignées, préoccupées, signes évidents que cette partie visible de la colère se complète par une partie invisible probablement plus vaste. Nos interrogations prétendent ainsi donner du volume à tous ceux qui n’ont pas encore compris par quel biais Cécile Coulon a pu être béatifiée dans le firmament des poètes français. Nous pensons tout particulièrement à la réaction de ce lecteur de La Montagne (un quotidien régional qui se fait souvent remarquer par sa propension à servir la soupe à Cécile Coulon), lecteur qui, le 12 novembre 2018, lorsque la version numérique du journal se précipite pour annoncer que la néo-poétesse vient de recevoir l’équivalent du «Goncourt de la poésie», s’étonne qu’une telle chose ait pu exister. Du reste, le parti pris d’occulter le nom traditionnel du Prix Apollinaire dans le titre de l’article pour lui préférer sa réputation de «Goncourt de la poésie» est évidemment une manœuvre d’intimidation pour impressionner un lectorat ordinaire qui doit croire au talent faramineux de Cécile Coulon. Plus sournoisement, cette technique ressemble aux stratégies propagandistes du monde totalitaire telles que les a décrites Hannah Arendt. En répétant à la moindre occasion que Cécile Coulon est romancière, poétesse, talentueuse, prolifique, apte à vivre de sa plume, suffisamment oisive pour nous faire la leçon sur les éléments dominants de la culture, etc., on crée une idéologie qui n’a plus rien à voir avec les faits, on entretient l’idée que la dimension contingente de la vie est totalement contrôlée par l’omnipotence judicatoire de Coulon, et, ce faisant, on transforme les innombrables coïncidences du réel en systèmes cohérents que le peuple intériorise d’emblée (2). Dans cette optique de complicités tacites, Cécile Coulon est moins poétesse que déesse : c’est elle qui tient les rênes du cheval cosmique et elle oriente à son gré les déplacements et les stations de l’univers, se risquant de temps en temps à la tentation de l’embardée vulgaire. Autrement dit, le hasard n’existe pas – il n’y a que des nécessités qui conspirent à la destinée fracassante de Cécile Coulon.
Il suit de là que Cécile Coulon se confond désormais aux autorités du savoir et de la création artistique. Les honteuses grandeurs d’académie qui lui ont été octroyées mettent en péril nos collèges, nos lycées et nos universités, mais aussi nos bibliothèques et nos centres culturels. Chaque invitation qu’on lui accorde pour venir promouvoir les bacilles de la nullité dans un prétendu temple de la connaissance constitue un dangereux collapsus spirituel. Au demeurant, la multiplication des invitations coulonnesques dans le seul enseignement secondaire est révélatrice de la crétinisation en marche des jeunes générations, et avant même la désastreuse réforme Blanquer, on avait déjà pu s’apercevoir de tout ce que cette écrivante apporte à une classe de lycéens. Il est donc urgent d’inverser la tendance car toute résistance aux succès artificiels de Cécile Coulon incarne une résistance à la matrice néo-libérale dans laquelle cette écrivassière amplifie sa prospérité. Dans une France menacée par le monstre financier et le démon d’une politique illégitime, il est fondamental de purifier les domaines de l’esprit en expulsant les faux écrivains et les faux penseurs de leurs chaires scélérates. Ils ne sont en effet que les agents secrets des dirigeants immondes qui se succèdent d’une élection à l’autre, profitant des souplesses démocratiques et des tactiques d’atomisation de l’opinion. Dans ce contexte vicié, nous en appelons solennellement à la lucidité de ceux qui ont encore l’ambition de porter la France vers de phénoménales altitudes, et puisque Cécile Coulon semble à la recherche active d’un nouvel éditeur, soutenue par des spéculateurs payés pour pérenniser le Produit, nous espérons qu’il n’y en aura aucun pour signer un contrat avec cette arriviste qui ne cherche que l’argent et l’admiration des foules pleines de stupide cécité. Rappelons d’ailleurs que Cécile Coulon, le 10 juillet 2017, confessait que si des éditeurs de renom la sollicitaient, elle était reconnaissante des investissements et de la confiance renouvelés de Viviane Hamy, sa modeste éditrice, manière de dire qu’elle n’avait pas l’intention de rompre cette belle fidélité. Ce discours n’avait bien sûr que les apparences de la reconnaissance puisque nous savons aujourd’hui que Cécile Coulon a elle-même fait sécession avec les Éditions Viviane Hamy, victime consentante d’une prospective qui lui promet des rémunérations et une visibilité accrues. La «discrétion relative» qu’elle vantait dans cette vidéo s’est donc muée en un désir d’indiscrétion absolue. Et le plus hilarant – ou le plus désespérant –, c’est que Cécile Coulon, dans cette ridicule vidéo, feint de se questionner sur la carrière hypothétique de l’écrivain, et plus précisément sur l’analogie possible entre l’écriture et la gestion d’entreprise, elle qui, manifestement, agit en fonction d’un parfait business process.
Il va de soi que l’ensemble de ces documents et attitudes laissent augurer d’un projet patent d’enrichissement personnel à court terme par le truchement de la littérature marketing. Cela ne serait pas critiquable, évidemment, si Cécile Coulon avait été mise en relation catégoriale avec des producteurs de textes comme Guillaume Musso ou Katherine Pancol, dont les nullités sont du même acabit que celles de Coulon, mais dans la mesure où la presse nationale et d’autres institutions nous la vendent comme un auteur sérieux, profondément littéraire et peut-être même nobélisable tant que nous y sommes (car n’oublions pas que la médiocre Anne-Laure Barret a comparé Coulon à Giono et Faulkner dans Le JDD), nous ne pouvons résolument pas accepter de telles méprises qui ourdissent les pires impostures. En tant que telle, Cécile Coulon n’est rien d’autre qu’une commerçante de navets – et Anne-Laure Barret une chieuse d’encre journalistique. De près ou de loin, et même dans tous les mondes possibles contenus dans l’entendement du dieu providentiel de Leibniz (3), on ne trouve aucune bonne raison d’établir une comparaison entre Coulon et un Giono ou un Faulkner, sinon par intérêt bien compris, par cancrerie auto-immune ou par volonté de souiller le patrimoine du génie romanesque planétaire. En outre, je veux signifier que je suis enthousiaste à l’idée de discuter publiquement avec Anne-Laure Barret de Giono et de Faulkner, parce que j’ai vraiment hâte d’approfondir le travail de ces romanciers avec une spécialiste aussi sagace – j’ai la conviction qu’elle pourrait m’apprendre beaucoup et je serais malheureux de manquer cette opportunité.
Enfin, avant de poursuivre avec la mise en exergue de certaines archives qui montreront éventuellement que ce Prix Apollinaire 2018 arrange tout un faisceau de vanités, nous voulons poser une prédiction que l’avenir testera : le nouvel éditeur de Cécile Coulon choisira de publier son nouveau roman pour la rentrée littéraire de septembre 2019, et, logiquement, le livre sera sélectionné pour un grand prix d’automne, que Cécile Coulon obtiendra à dessein d’arrondir son statut littéraire définitivement mal acquis avec le Prix Apollinaire. Aux premières loges de ces prévisibles tractations, nous verrons à coup sûr le caniche François Busnel, jamais avare de vénérations calculées à l’égard de Cécile Coulon.

Le roman des vanités coulonnesques

Quand on s’intéresse d’assez près à l’itinéraire de Cécile Coulon, quand on a eu le courage de descendre aux alentours de l’étiage de la dignité, le Bel-Ami de Maupassant nous vient naturellement à l’esprit, mais il y a davantage d’ensorceleurs dans La foire aux vanités de l’irrésistible Thackeray, et ceux-là conviennent assurément mieux à notre sujet. Aussi nous partons du principe qu’il est nécessaire de posséder un tempérament romanesque pour creuser le problème Coulon et tenter d’en extraire un suc intelligible, ou, à tout le moins, d’en retirer une série d’étonnements qui devraient alimenter le moulin des sceptiques à propos du Prix Apollinaire 2018. Un peu dans la lignée de Fred Otash, le personnage goujat de James Ellroy, nous allons accumuler des annales et faire remonter à la surface d’une sordide flache des quantités de troublantes coïncidences. Notre objectif, par conséquent, ne consiste pas à certifier une intrigue, un complot ou un cadavre dans le placard, mais il tend à souligner l’existence d’une matrice apparente dont les soubassements resteront à jamais inexplicables. Que chacun juge en fonction des éléments ci-dessous :
1/ Tout d’abord, comme Cécile Coulon, le président du jury du Prix Apollinaire, Jean-Pierre Siméon, est un habitant bien ancré dans la ville de Clermont-Ferrand. Comme Cécile Coulon derechef, il œuvre dans le domaine des lettres modernes puisqu’il est agrégé de cette discipline, tandis que notre pimpante poétesse termine sa thèse de lettres modernes à l’Université de Clermont Auvergne.
2/ La thèse de Cécile Coulon est dirigée par Catherine Milkovitch-Rioux. Une rapide recherche sur Google fait apparaître une série de liens professionnels entre Catherine Milkovitch-Rioux et Jean-Pierre Siméon, ce qui est assez normal, somme toute, pour deux sommités institutionnelles des lettres modernes qui travaillent dans la même ville.
3/ Jean-Pierre Siméon connaît très bien l’actuel maire de Clermont-Ferrand, Olivier Bianchi, étant donné qu’il a fait partie du comité de soutien de Bianchi pendant la campagne des municipales de l’année 2014. Une autre occurrence atteste que Siméon et Bianchi ont des liens antérieurs à cette campagne des municipales, lorsque, en juin 2013, Jean-Pierre Siméon fait don de ses archives à la ville de Clermont-Ferrand, ceci «en présence d’Olivier Bianchi», alors «Adjoint à la politique culturelle de la ville».
4/ Olivier Bianchi n’a pas tardé à féliciter Cécile Coulon sur Twitter le jour où cette dernière a reçu son Prix Apollinaire. On notera le tutoiement dans les formules lapidaires de Bianchi.
5/ Olivier Bianchi, en mars 2017, s’expose en tant que soutien solide de Benoît Hamon pendant la campagne des présidentielles.
6/ En remontant un peu dans le temps, Benoît Hamon, dans un tweet du 21 mars 2015, fait la réclame de Cécile Coulon pour son roman Le cœur du pélican.
7/ Le 15 février 2017, dans Les Inrockuptibles où il accorde une longue entrevue, Benoît Hamon récidive en redoublant sa réclame de Cécile Coulon. Est-ce une façon de préparer le soutien que Bianchi lui confirmera environ un mois plus tard ?
8/ Cécile Coulon, le 4 avril 2017, dans le quotidien La Croix, se lance dans un panégyrique de Benoît Hamon. Est-ce une façon de renvoyer l’ascenseur à Benoît Hamon qui, par deux fois, a rappelé tous les mérites littéraires de Cécile Coulon ?
9/ Le 20 avril 2017, Cécile Coulon déclare que Benoît Hamon n’était pas son choix initial pour les présidentielles de 2017, mais que, après avoir scrupuleusement étudié les programmes, elle ne peut que voter pour lui.
10/ Enfin, en 2007, Benoît Hamon et Jean-Pierre Siméon ont fait la fête de L’Humanité.
Et pour vraiment en finir avec Cécile Coulon, celle-ci déclare, dans Le Nouveau Magazine Littéraire, à l’occasion d’une entrevue publiée le 14 novembre 2018 en version numérique, la chose suivante lorsqu’on lui demande si «le rapport au souvenir» constitue l’une des raisons de sa consécration au Prix Apollinaire : «Pour cette raison et pour d’autres choses. Pour moi c’était impossible d’obtenir ce prix, même mon éditeur était surpris. Un des jurés m’a dit qu’il y avait aussi un besoin de fraîcheur, de jeunesse, que représentent mon âge et la forme libre dont on parlait au début. Un besoin d’affranchissement des codes poétiques institutionnels, après une année où des critiques et des remises en question ont traversé le milieu poétique parisien. Les jurés ont voulu, pour ainsi dire, ouvrir les fenêtres.»

Addendaau roman des vanités coulonnesques

L’exploration de la petite morgue coulonienne fait décidément remonter à la surface du bidet littéraire français quelques liquides malodorants. On se rend progressivement compte que les soutiens de Cécile Coulon s’organisent en milices vénales et attardées. Ces champions de la servilité ont trouvé un représentant up-to-date en la personne de Thomas Deslogis, cow-boy autoproclamé, maquisard des causes dernières, tranche-montagne des mamelons parisiens qui se croit himalayiste du Parnasse, Thomas Deslogis, donc, qui voudrait être un molosse du grand style et qui n’est tout au plus qu’un caniche pour concours de mémères, Thomas Deslogis, ce faisant, qui pousse là son minable grognement pro-coulonnesque afin de voler au secours de sa favorite contestée par d’affreux jaloux passéistes, nécrophiles et sinistres, incapables de reconnaître l’évidence d’une poésie qui avancerait sans eux, hissée par une Cécile Coulon guidant le peuple dans une insipide resucée de Delacroix.
Outre le fait que l'article de Deslogis soit grammaticalement catastrophique et d'une parfaite concordance de contenu avec la fécalité poétique défendue, sa prise de position s'explique surtout parce que ce chieur d'encre fait aussi partie des chieurs de rimes. En effet, notre fossoyeur de la métrique s’adonne à une porn poésie qui serait plaisante si elle n’était ambitieuse, et la soupe qu’il a servie à Cécile Coulon dans Le Nouveau Magazine Littéraire en ligne du 14 novembre 2018 valait bien, par un mystique ricochet du Putanat journalistique des lettres, une soupe servie à Deslogis dans Libération le 26 novembre 2018, cette fois par le porteur de valises Guillaume Lecaplain, le même qui avait déjà porté les lourds bagages de Cécile Coulon dans le journal susmentionné pas plus tard que le 2 mai 2018.
Résumons-nous : l’analphabète Lecaplain fait la réclame d’Hello Coulon / Cécile Kitty dans un journal de tirage national au plus fort du printemps 2018, n’hésitant pas à faire de Kitty Coulon / Cécile Hello un «prodige», préparant déjà le terrain des flagorneries et des énormités à venir (Cécile Coulon reconnue par la Société des Gens de Lettres et par le jury du Prix Apollinaire), et Thomas Deslogis, en bon caniche renifleur de sucres perdus, sentant tout cela de sa truffe opportuniste, commence alors probablement à farcir la dinde du profit en se formulant la trame suivante : «Si Coulon est soutenue par Libération et qu’à mon tour je soutiens Coulon, et dans la mesure où je suis moi aussi une nullité poétique, alors il se pourrait que je ne tarde pas à être soutenu par Libération
On comprend ainsi que ce joli petit monde participe d'une part de la dérive axiologique de la France, et, d'autre part, qu'ils ont tout intérêt à s'entre-flatter ou s'entre-légitimer en utilisant le décorum officiel de la presse. Pour Thomas Deslogis, le Prix Apollinaire 2018 tient lieu de promesse. Lui aussi se met donc en position de le recevoir un de ces jours, et il en rêve comme de sa prochaine poésie à tropisme de branlette pérenne.
Nous terminerons cette nouvelle salve par une troublante ressemblance entre la fin d’un poème coulonnesque et quelques mots de Jaroslav Seifert, prix Nobel de littérature en 1984, écrivain et poète tchèque, qui répondait alors à la question «Pourquoi écrivez-vous ?» (cf. Pourquoi écrivez-vous ? 400 écrivain répondent, Le Livre de Poche, 1993).

Voici la fin du poème La Partie (Les Ronces de Cécile Coulon) :

J’en suis arrivée à la conclusion suivante :
un poème c’est quelque chose
d’éphémère et joli
comme la signature d’un doigt
sur la buée d’une vitre.


Voici les mots de Jaroslav Seifert à propos des raisons qui pouvaient le pousser à écrire :

«Je ne vous dirais rien de nouveau. Ce n’est peut-être que ce désir qui existe en chaque être de laisser derrière lui une trace, ne serait-ce que la signature d’un doigt sur un miroir embrumé.»

Notes
(1) Pascal, Pensées (B 115).
(2) Hannah Arendt, Les origines du totalitarisme.
(3) Leibniz, Essais de théodicée.