13/05/2011

Ainsi parlait Zoroastre, par Francis Moury

Crédits photographiques : Raul Arboleda (AFP/Getty Images).

Lire la suite

05/08/2007

Philosophies du secret de Jean-François Marquet

Goya, Le Sabbat des sorcières, 1798


Si je n'hésite jamais à me moquer des tartuffes verbeux, surtout lorsqu'ils s'abritent derrière un paravent de culture aussi fin qu'un voile de gaze et quelques mots trop forts pour leurs petites plumes vaporeuses, j'éprouve en revanche beaucoup d'admiration non seulement pour les auteurs ayant exploré l'ésotérisme mais aussi pour les chercheurs capables d'évoquer intelligemment ces pensées (ou ces véritables systèmes de pensée) bien souvent complexes, voire tortueuses. Mon goût pour cette matière, aujourd'hui, enfin !, considérée à sa juste place par l'Université, est né plus ou moins au moment où je commençais à m'intéresser à la démonologie, à la sorcellerie, au satanisme dans ses manifestations les plus diverses, qu'il s'agisse de vieux récits de possession diabolique, d'entretiens avec des prêtres exorcistes ou d'enquêtes officielles menées sur des cas atroces de tueurs en série.
Choqué, à tous les sens du terme, par la découverte des romans de Bernanos, je me lançai dans la lecture de centaines d'ouvrages, plus ou moins sérieux, qui évoquaient le diable et ses pompes, le démoniaque. Aucun d'entre eux ne me donnait pourtant du démon la vision hallucinée que le Grand d'Espagne, dans Monsieur Ouine par exemple, peignait avec les couleurs boueuses du Miserere de Rouault.
L'ésotérisme, surtout par certains de ses plus dignes représentants tels que Böhme ayant pourtant évoqué longuement la figure du Tentateur, ne pouvait, lui aussi, que me décevoir : à quelle profondeur s'était donc aventuré Georges Bernanos pour nous ramener des ténèbres une vision du Mal que je crois absolument unique et irremplaçable dans la littérature ?

Lire la suite

20/07/2007

Carcassonne de Lord Dunsany

«[…] ou peut-être s’agissait-il d’un langage étranger inconnu des Hobbits, une langue ancienne dont les mots étaient principalement ceux de l’émerveillement et du plaisir.»
JRR Tolkien, Le Seigneur des Anneaux, t. I : La Communauté de l’Anneau (Gallimard Jeunesse, 2007), p. 268.


Enfin, j'ai pu lire en français l'une des nouvelles de Lord Dunsany les plus connues, Carcassonne, grâce à l'éditeur Terre de brume (qui a apparemment négligé de relire ou de faire relire le texte mis en vente et qui, faute de moyens sans doute, m'a envoyé la nouvelle au format PDF plutôt que le recueil qui la contient...). Je devais cette fascination pour ce titre lui-même étrange dans sa concision même à l'adaptation, parfaitement énigmatique et pourtant tout à fait remarquable, qu'en fit William Faulkner dans un recueil de nouvelles intitulé Treize histoires. Borges également, dans un texte évoquant les précurseurs de Kafka (texte recueilli dans l'ouvrage intitulé Enquêtes), se souvenait de ce texte, écrivant pour la résumer l'histoire toute simple de Dunsany : «Carcassonne, est l’œuvre de Lord Dunsany. Une armée de guerriers invincibles part d'un château infini, soumet des empires, rencontre des monstres, fatigue déserts et montagnes, mais n'arrive jamais à Carcassonne, encore qu'elle l'aperçoive parfois […].»
Ma déception a été de taille, sans doute proportionnelle à mon attente et l'admiration sans bornes que je porte à William Faulkner. Je ne comprends pas davantage par quel bizarre sortilège Borges, pourtant fin lecteur, n'a paru s'apercevoir du caractère de merveilleux convenu qui alourdit le texte de Dunsany, qui se veut pourtant aussi éthéré qu'un sortilège. Le prestige de la reprise par l'un ou de l'évocation par l'autre, s'agissant tout de même deux écrivains de quelque importance, s'est bien vite dissipé à la lecture de la nouvelle qui a cependant l'avantage d'être assez courte. Lord Dunsany finalement, donne dans ce conte le meilleur de son art fait d'ellipses, ce qui fait qu'un gâcheur romanesque comme Julien Gracq (l'essayiste est d'une tout autre trempe) semblera au contraire étirer une matière poreuse, parfaitement friable, le stuc pompier d'un fantastique de roman de gare, sur des dizaines de pages qui paraissent tourner comme des éphémères éméchés autour du fantomatique Murchison, ce fat ennuyeux.
Avec ce texte de Dunsany, nous nous trouvons encore au-dessus tout de même (comment pourrait-il en aller autrement ?) d'une de ces histoires parfaitement commerciales dites d'heroic fantasy lardées en plates-bandes de carne kilométrique par Presses Pocket. Nous nous trouvons tout de même à quelques coudées d'un texte-brouet de Luc-Olivier d'Algange où les majuscules se répandent comme les limaces sous une pluie bretonne. Certes, il faut noter que le conte de Lord Dunsany (sorte de Michel Brice du roman fantastique qui connaît son affaire comme le rusé cacographe maîtrise l'argot fellatif), est tout de même un modèle du genre dont devrait utilement s'inspirer notre Paracelse de boudoir, dont la bouée griffonnée d'emblèmes ésotériques paraît encore mal gonflée puisqu'elle ne l'empêche pas de se noyer dans un dé à coudre rempli de vif-argent sentant l'anisette.
Enfin, faisons grâce tout de même à Lord Dunsany de ne point patauger dans la mélasse tiède où barbote tel canard déplumé qui calfate ses proses infundibuliformes d'un goudron vaguement nervalien.