15/11/2008

À quoi bon ?

Photographie d'une explosion nucléaire réalisée par Harold Edgerton au moyen de sa Rapatronic.


Image 2.jpgÀ la différence de ce pseudo-Mallarmé en fer blanc qu'est François Bon, toujours heureux lorsqu'il peut nous annoncer, dans un style frisant l'apoplexie syntagmatique et puant le faux hermétisme, la dernière révolution technologique qui nous permettra de lire tout Marx sur un écran de la taille d'un ongle de petit doigt de pied, à mesure même que la Toile commence à attirer tout ce que la France compte d'éditeurs (et Dieu sait qu'elle en a !, certes, bien après les annonceurs qui, eux, ont flairé un marché immense), alors même que n'importe quelle ménagère de moins de cinquante ans ou crétin qui lit Baudelaire comme il lirait une notice d'utilisation de machine à laver, croient avoir reçu l'autorisation (et s'en font même quelque comique devoir) d'écrire leurs bluettes, estimant en outre que la critique littéraire (la vraie) n'y est absolument pas honorée par deux de ses plus emblématiques journalistes virtuels, Pierre Assouline et Didier Jacob, tandis que clabaude sans relâche la nappe grouillante des éphémères anonymes, que fermente la pâte putride des pseudonymes, je trouve de moins en moins d'intérêt et de plaisir à arpenter la Zone, riche pourtant de centaines de notes, d'auteurs et de rédacteurs. Les nains s'offusquent toujours que mes commentaires soient fermés. Ils le sont... presque systématiquement, parce que je ne veux pas ajouter du bruit au bruit et que j'ai toujours eu pour politique de mettre en ligne des textes intelligents et argumentés, qu'importe même qu'ils soient à quelques bonnes années-lumière de mes propres opinions (ici, un texte de Jean-François Foulon répondant à Pierre Damiens. Je pourrais multiplier les exemples de cette pluralité de voix dans la Zone. Je me contente de rappeler la grande série polyphonique intitulée Bellum Civile).
Cette lassitude, et, de plus en plus souvent hélas, ce dégoût, ne sont point des sentiments véritablement nouveaux puisque je m'en étais entretenu avec le regretté Dominique Autié, déjà disparu dans le perpétuel bruit de fond virtuel (dans ma réponse à son propre texte), Dominique, ce humble véritable qui estimait au contraire que l'espace virtuel de l'Internet était une chance (elle l'est, mais cette chance, comme toute manifestation destinale, est aussi ambiguë que dangereuse) pour une multitude de voix que les médias traditionnels ignoraient, parfois moquaient.
Je doute que la virtualité, cet universel reportage fonctionnant bien trop souvent à vide, soit absolument la dernière chance donnée à la littérature de se faire lire, entendre, écouter, admirer, commenter.
Et, si décidément elle l'était, cela signifierait que nous avons décidément perdu toute force, tout sentiment de la présence réelle, toute pesanteur et, peut-être, toute grâce avant d'être finalement dévorés par cette bulle qui ne cesse de grossir à la vitesse du bavardage.

20/06/2008

Un peu de langue pour prier : réponse à Dominique Autié


«Oreilles closes, j'entends au-delà du déferlement des mots la muette mise à mort du Verbe.»
Armand Robin, La Fausse parole.

«Il y a des gens qui font la critique de l’Himalaya caillou par caillou. L’Etna flamboie et bave, jette dehors sa lueur, sa colère, sa lave et sa cendre; ils prennent un trébuchet, et pèsent cette cendre pincée par pincée [...].»
Victor Hugo, William Shakespeare.


Au commencement de ce dialogue :
Toile infra-verbale.
Un peu de langue pour prier, réponse de Dominique Autié, auquel le texte ci-dessous fait, donc, suite...

Voici une ancienne note, réponse parfois gentiment amusée (j'ai ainsi conservé l'illustration d'origine) à un beau texte (comme presque toutes les fois qu'il publie sur son blog, l'habitude est désormais prise, exaltante pour ses lecteurs...) de Dominique Autié.
Je ne l'ai bien sûr absolument pas modifiée, y compris dans un passage qui pourra se révéler désagréable à l'égard d'Alina Reyes, que je n'ai guère ménagée dans la Zone. Qu'elle ne me tienne donc point rigueur, si elle me lit, de ces vieilles phrases.
Reste que par son sujet, ce texte peut sans nul doute servir de base de réflexion véritable (et non point superficielle) à la question qui semble faire frémir tous les journalistes de France à peu près normalement constitués, à savoir, le phénomène des blogs, singulièrement celui des blogs dits littéraires.
À tout le moins, ce texte prolongera fort aisément l'article hélas parfaitement insignifiant et plus que vague (mais, comme ils disent, sympathique) d'Anthony Palou récemment paru dans Le Figaro Magazine, qui n'évoque la Zone que par le petit bout de la lorgnette.

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02/06/2008

Les nœuds de paille, par Dominique Autié

medium_lkl.jpg


Remise en une d'un texte que Dominique Autié m'avait adressé au début du mois de mars 2005.

Voici le texte que Dominique Autié a eu la gentillesse de m'envoyer.
Fidèle à sa façon d'écrire (dois-je préciser qu'elle est éminemment réfléchie ?), il m'a fait parvenir une lettre ayant trait à la fonction de nos blogs. Les peintures illustrant ce texte (La chute de Thèbes) sont aimablement reproduites avec l'autorisation de Karim-Louis Lambatten, que je remercie.

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28/03/2008

La fadeur des blogs littéraires

Ceci est bien évidemment un nombril (pas le mien toutefois).


Il fallait bien que cela arrive puisque nous sommes dans le Réseau où la liberté est une idole aussi pure qu'une catin de Babylone. C'est donc arrivé, et c'est même arrivé à la vitesse habituelle à laquelle se propagent les ondes qui font doucement onduler la Toile ou bien la creusent de gouffres profonds : très vite.
C'est donc déjà fini.
Cela n'a même jamais existé et cette note évoque un sujet d'aussi palpable réalité que l'était la mystérieuse surrection d'un Dieu qui est un sur-étant-non-être, autant dire, selon Maître Eckhart : rien. Sur la Toile, les nouvelles les plus fraîches sont déjà anciennes, bien plus anciennes que les plus récentes informations des quotidiens, d'une existence encore plus courte que celle de la brève la plus éphémère d'un fil AFP.
Il est en effet difficile de lire à la vitesse de la lumière qui se déplace à quelque 300 000 kilomètres par seconde. C'est en pointant un puissant télescope vers le ciel profond, vers quelque très lointaine nébuleuse de la Vanité, tenant en outre compte de ce fâcheux décalage vers le rouge qui signale ce simple fait, absolument incontestable : l'espace est grand, presque aussi grand que le Réseau qui est peut-être infini, que je rends publiques mes toutes simples conclusions, mes très longues méditations sur ma propre pratique de Zonard.
Lorsque vous lirez ces lignes, leur point d'émission sera déjà affecté par l'effet Doppler. Me lire, c'est donc lire des mots vieux de quelques minutes ou de plusieurs heures, une éternité sur la Toile, des mots qui n'existeront plus.
D'abord, notre sujet.

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05/10/2005

Toile infra-verbale

Crédits photographiques : Miguel Villagran (Getty Images).

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