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06/04/2011
Les «fantasmes obsessionnels» de Renaud Camus selon Jean-Yves Pranchère, suivi de quelques faits portés à la connaissance des plaignants et d'une mise au point avec Pierre-Antoine Rey dit Cormary

Crédits photographiques : Felipe Dana (Associated Press).
Renaud Camus dans la Zone.
Jean-Yves Pranchère, avec deux autres personnes, Valérie Scigala et Emmanuel Régniez, sont à l'origine de trois procédures judiciaires contre moi. Ils ont fait appel de deux décisions rendues en ma faveur, au pénal et au civil, par la 17e chambre du Tribunal de Grande Instance de Paris. Je rappelle que l'examen de l'affaire au fond aura lieu le 6 octobre prochain, en ce même tribunal.
Le temps que je relise et amende ici ou là mon texte, voici que Jean-Yves Pranchère, sur le blog de son ami et co-plaignant Emmanuel Régniez/Simon Melmoth, a publié sa réponse à mes supposés contresens de lecture.
La note de Pranchère, note dont les traits principaux sont la mauvaise foi et la prétention (ainsi que nombre de propos parfaitement ineptes, comme celui-ci), est suivie d'un certain nombre de commentaires insultants ou diffamants (et aucun signé de moi, comme semble le croire, si j'ai bien compris sa note passablement confuse, Valérie Scigala), dont celui de Pierre-Antoine Rey dit Cormary.
Puisque je ne saurais résister à l'envie pressante de débat (comme il existe, selon Philippe Muray, des envies de pénal) qui semble avoir subitement assailli Pranchère, j'ai ajouté, à la suite de ma note, quelques paragraphes qui n'ont pour seule tâche que de rétablir quelques faits et d'expliciter ma démarche critique.
Enfin, j'esquisse une phénoménologie de la façon de lire et d'écrire de Pierre-Antoine Rey/Cormary, en évitant d'avoir recours aux erreurs flagrantes, mensonges éhontés, propos diffamatoires et insultes que me prodigue ce triste sire non pas depuis des semaines ou des mois, mais des années.
À propos de Jean-Yves Pranchère, Tragique ou futilité anti-moderne ? Chateaubriand, Maurras, Renaud Camus, in Résistances à la modernité dans la littérature française de 1800 à nos jours (sous la direction de Christophe Ippolito, L'Harmattan, 2010, pp. 27-49).LRSP (livre reçu en service de presse).
«Poursuivre mon «œuvre», tout en étant bien conscient qu’elle ne constitue une «œuvre» que pour moi, et pour dix ou douze personnes, en mettant les choses au mieux; et qu’aux yeux du monde elle n’a pas d’existence. N’en rien attendre, n’en rien espérer.
Simplifier ma vie. M’exposer moins. Disparaître, sans y mettre la moindre emphase, seulement en étant de moins en moins là – je le suis déjà si peu.»
Renaud Camus, Rannoch Moor, Journal 2003 (Fayard, 2004), p. 143.
C'est un de ces textes sans saveur ni odeur (1), absolument fonctionnels, que l'Université produit comme une poule de batterie produit (les amoureux de la langue françaises préféreraient, ici, l'emploi du verbe délicieusement suranné pondre) chaque année, machinalement, ses milliers d'œufs, une production absolument formatée qui ne brille ni par son style ni même par l'originalité de son propos. L'un et l'autre, style et originalité, paraissent d'ailleurs avoir été résolument écartés par l'auteur, Jean-Yves Pranchère, comme s'il s'agissait, à ses yeux, de deux billevesées qui seraient susceptibles de le distraire de son propos, une étude dite comparée (bien que notre professeur ait raison d'affirmer qu'une monographie fort épaisse ne suffirait pas à remplir cette tâche) entre trois auteurs, dont seul le dernier, Renaud Camus, nous intéresse.
Il nous intéresse bien peu du reste, si ce n'est en tant qu'indice révélateur de ce que nous pourrions nommer une étude à pièce rapportée, tant il est évident que l'écrivain, le diariste, le penseur politique (et, allez savoir, le futur ministre de l'Intérieur voire président de la République française) Renaud Camus nous apparaîtraient absolument nains si on les comparait, en profondeur, avec les deux autres auteurs convoqués par Pranchère, Chateaubriand et Maurras. D'où l'on verrait que le domaine où Camus est encore le plus intéressant est celui de la photographie auto-contemplative, à moins qu'il ne s'agisse là, démultiplié à l'infini, du visage d'une certaine France déliquescente, à court de souffle et crevant de trouille, repliée sur elle-même comme un idiot mental, ne bavant certes point, à la différence du malheureux, mais se piquant bien au contraire de corseter (le verbe entuber, littéralement mettre en tube, étymologiquement parfait, m'est venu à l'esprit, mais je l'ai écarté afin que l'on ne m'accuse point d'être insultant), dans une grammaire absolument rigoureuse, une pensée charriant un malodorant limon.
Cette pièce rapportée, qui jure comme la présence, sur une toile de maître, d'un gribouillage commis par un facétieux iconoclaste, doit donc faire sens, à moins de supposer que Jean-Yves Pranchère a écrit un texte pour ne rien écrire du tout, supposition ridicule à laquelle nous ne saurions accorder l'ombre d'un quelconque crédit, même si, à ses heures perdues, nous trouvons notre professeur écrivant.
«Le style n'est pas seulement l'expression de l'homme en général et de ses diverses facultés, il est quelquefois l'expression de l'écrivain lui-même et de son caractère, je veux dire, de la force relative de ses facultés et de l'usage qu'il en fait», affirme un écrivain que Jean-Yves Pranchère connaît bien puisqu'il s'agit de Louis de Bonald, dont l'ancien élève de l'École normale supérieure (Ulm), professeur agrégé et docteur en philosophie (nous apprend, fort utilement, la notice bio-bibliographique du livre) a établi le texte des Œuvres choisies (2) récemment parues.
Si nous avions du temps à perdre, peut-être nous amuserions-nous à l'aune de cette phrase bonaldienne à tenter de caractériser le style de Jean-Yves Pranchère bien que je doute que ce petit exercice se révèle très intéressant. On ne demande pas, après tout, à un professeur d'écrire comme écrit un écrivain, sans savoir où il va en fin de compte, avec la possibilité, inimaginable pour un professeur, de se laisser hanter et même dévorer par ce qu'il écrit. On demande à un professeur, à tout le moins, non seulement de savoir où il va, mais encore de nous expliquer l'originalité, ou l'absence de cette qualité, dans les textes des écrivains qu'il se propose d'étudier. Or, sur ce point, Jean-Yves Pranchère ne nous apprend absolument rien que nous ne sachions déjà : Renaud Camus, ayant contredit des milliers de fois tel propos de Rannoch Moor cité en exergue, n'est obsédé que par sa propre petite personne et les angoisses pour le moins répétitives qui la constituent, et ce fort maigre sujet d'étude, du moins une toute petite partie de l'œuvre de l'intéressé, la moins littéraire remarquons-le, est le but que s'assigne Pranchère en écrivant son texte, à charge contre Renaud Camus comme nous le verrons.
En fait, dans le cas qui nous occupe, il vaudrait mieux retourner la phrase de Bonald que nous avons citée contre le troisième terme de l'étude comparée de Pranchère, Renaud Camus donc, ce que n'a pas fait l'auteur, dans l'article qui ouvre un recueil d'études tout récemment paru et, malgré sa prodigieuse absence de style quel que soit l'universitaire considéré, pas complètement inintéressant.
Déchantons, et vite car, plutôt que la prose de Camus ayant au moins l'avantage, parfois, d'être drôle, c'est celle de Jean-Yves Pranchère, aussi inventive qu'un métronome de fabrication suisse, que nous allons commenter.
Examinons attentivement l'article de l'auteur intitulé, à la mode délicieusement informative de l'Alma Mater, Tragique ou futilité anti-moderne ? Chateaubriand, Maurras, Renaud Camus (3) qui, comme il se doit, nous donne la réponse à une question qui à vrai dire ne nous a jamais vraiment empêché de dormir, tant il nous semble évident que Renaud Camus, quelles que soient ses charges lyriques contre la dégénérescence de la culture et du peuple de France, est tout entier du côté de la futilité. J'ai été tenté, un temps, comme mes critiques plus haut indiquées en font foi, de considérer Renaud Camus comme un auteur véritablement obsédé par le sort de notre pays, de sa langue, de ses lettres, de sa culture, de sa beauté, de la communauté des aspirations et des valeurs qui le cimentent ou le cimentaient, plutôt que par une auto-contemplation maladive et confinant à un ridicule tout à fait prodigieux. Hélas, les derniers tomes de son Journal, à mesure qu'ils ne font plus que ressasser les habituelles virulences, parfois fort drôles et même justes, de l'écrivain contre le monde moderne, s'enfoncent dans les marécages si peu clairs d'un moi qui semble dévorer tout ce qui l'entoure, jusqu'à réduire l'existence de la France idéale à la superficie du terrain si bucoliquement innocent qui entoure le château de Plieux et protège celui-ci contre les hordes puantes des manants.
Ah oui, comme il doit faire bon y vivre, tout de même, dans cette modeste bicoque, où l'on sait parler un français châtié, où l'on prononce Gère, et non pas Gerse pour Gers, où une splendide cheminée seigneuriale pouvant accueillir deux sangliers et trois licornes mordore les couvertures des précieux incunables, que le moine sybarite et soldat Renaud Camus lèguera, une fois son corps enseveli dans une crypte profonde, une fois sa mission accomplie qui aura consisté à incarner, seul ou presque, l'innocence de la sagesse portée à sa flamme la plus pure, à une population qui ne saura, qui d'ailleurs ne sait plus lire que du Nothomb, du Gaudé et, pour les plus savants, du Enard !
Mais foin de lyrisme, penchons-nous plutôt sur le mécanisme à vrai dire peu complexe de l'article de Pranchère.
C'est de la façon la plus plate, j'allais dire : appliquée, que notre professeur introduit son sujet, en partant, scolairement, du titre de l'ouvrage collectif et en faisant remarquer que la modernité ne saurait être une espèce de rouleau compresseur monolithique broyant les innombrables résistances (p. 27), où qu'elles se trouvent. Pourtant, s'empresse-t-il d'ajouter en soulevant un paradoxe qui n'a d'autre existence que purement grammaticale, pourtant il nous faut bien constater que cette modernité aux mille visages (Condorcet, Hegel, Marx, Comte, Weber, Nietzsche, Habermas, Heidegger) avance sur les valeureux résistants comme s'il s'agissait d'une entité unique (p. 28) et, de fait, les écrase bel et bien.
Histoire de brouiller les pistes ou bien de citer de nouveaux noms et d'accumuler les notes, Pranchère nous affirme derechef que la notion de modernité est complexe, voire (de nouveau également) paradoxale (pp. 28-9) : effectivement, en lisant Pranchère, on «peut juger inextricable l'écheveau que forme» sa prose qui déploie en éventail, ou bien formant la roue du paon, une foule de définitions de la modernité et qui nous laisse, pauvres lecteurs, dans une désagréable suspension intellectuelle. En ne privilégiant aucune des définitions qu'il s'est contenté d'exposer, Jean-Yves Pranchère fait œuvre professorale fort maigre et, surtout, confuse. Notre introduction introduit peu de choses mais touille en revanche beaucoup de thèmes et les touille sans que nous sachions bien ce qui risque de sortir de cette marmite. Une définition peut-être, toute fumante et sacrément appétissante, de la modernité ?
Nouveau coup de théâtre (p. 29) : oui, la modernité, d'essence si difficile à définir, «pourrait bien constituer une unité homogène», à condition seulement que nous tentions d'en comprendre les ressorts par le biais du regard contraire, forcément anti-moderne. Enfin abordons-nous une terre où nous pouvons planter l'étendard d'une définition qui fasse autorité et claque au vent de l'assurance : «Comprise comme la recherche de la rupture toujours plus radicale avec la tradition, comme l'«insurrection de l'homme donnant dans l'exclusif se-vouloir de sa volonté propre» [Heidegger, Nietzsche], la modernité est le mouvement de ce «nihilisme» qui, pour des auteurs aussi différents que Joseph de Maistre, Nietzsche et Heidegger, se confond avec la logique de l'individualisme et de l'égalitarisme démocratique, avec le délitement des figures du sacré et de l'autorité» (p. 30).
Définition que celle-ci ? Rien de tel, qu'alliez-vous donc croire, lecteur si pressé de pouvoir, plus que conclure, avancer d'un millimètre dans ce chaos interprétatif, qu'il en enjamberait presque le parapet de sécurité, se moquant de monter sur le solide bateau de l'intrépidité universitaire, apparemment encalminé, pour feindre de s'élancer sur la «vaste mer où toute crainte abonde», comme le dit le poète ? Jean-Yves Pranchère, commentant ce fort maigre résultat auquel il est parvenu (soulignons ce résultat, puisqu'il semble avoir été l'occasion, coupable, de certain relâchement stylistique, avec la laide répétition du verbe atteindre, alors que nous n'avons strictement rien atteint...), remarque, mais un peu tard, que cette définition de la modernité n'est que négative, incapable, donc, «de rendre compte des forces positives et des énergies historiques qui seules ont pu porter les négations et les ruptures modernes» (Ibid., l'auteur souligne).
Allons-nous finir par nous élancer ? Point du tout, hardi matelot, il nous faut non point calfater notre esquif mais, une fois de plus, écouter attentivement la leçon que Pranchère nous répète depuis le début de son article, soit quatre pages en amont : «le monde moderne est le théâtre d'une décivilisation, d'un effondrement de la culture et de l'éducation, d'une effroyable massification des esprits, d'une destruction des diversités liées aux enracinements locaux et nationaux, d'une démoralisation, à tous les sens de ce mot, dont le symptôme est la disparition, avec les loyautés anciennes, des normes du respect et du bon goût» (p. 31, l'auteur souligne).
Nouvelle halte, saut de puce le long d'une côte que, décidément, nous risquons de ne jamais pouvoir quitter pour filer vers le grand large, si tant est que ce dernier ait jamais été notre destination : «Le discours anti-moderne s'avèrerait [...] n'être qu'une dépendance de la modernité qu'il refuse, tirant par négation tout son contenu du présent» (Ibid.).
Bien. Le polyptote versicolore ne trompera que les sots, c'est au moins la troisième fois que, ne parvenant pas à donner une définition de la modernité et donc de la notion qui s'oppose à celle-ci, Pranchère nous affirme que la thématique de l'anti-modernité n'est, en fin de compte, qu'une réaction.
Nouvelle page (32, donc) et, il fallait s'y attendre, nouveau paradoxe, histoire de relancer l'intérêt du lecteur le plus inattentif et paresseux, paradoxe aussi faux que le précédent, tenant en peu de mots : «parce qu'elle se fonde sur le constat de l'effondrement des hiérarchies, l'anti-modernité avoue son impuissance à y remédier».
J'ai beau relire cette phrase, je n'ai toujours point perçu la solidité de la concaténation qu'elle prétend établir car enfin, on peut constater l'effondrement des hiérarchies tout en se proposant, politiquement, socialement, religieusement, d'y remédier. Il n'est ainsi point étonnant de constater que Pranchère assimile cette ou plutôt ces tentatives de réinstauration d'un ordre hiérarchique avec une seule et unique réalité : «les compromissions, nous dit-il, avec l'esprit et la réalité du fascisme».
Je doute qu'il faudrait plus de quelques lignes à un historien pour balayer une affirmation aussi téméraire, ou plutôt, parfaitement fausse. Retenons toutefois que Pranchère fait de la déploration anti-moderniste un exercice, au choix, parfaitement futile ou (et, plutôt, les deux voies ne s'excluant point l'une l'autre) dangereusement fascisant. Si le fascisme est ou était une forme de futilité, quelle serait donc la forme dite sérieuse de l'autorité ?
Pour une fois que l'auteur avance un tout petit peu, après tant de détours et de faux paradoxes, une hypothèse de travail pas même originale, nous aurions aimé qu'elle soit moins ridicule même si, ma foi, cette affirmation nous sera d'un utile secours lorsque nous aborderons la partie de l'article que Pranchère consacre à Renaud Camus, esthète absolument futile ou bien dangereusement fascisant lorsqu'il s'aventure en terre politique, croit-il, alors qu'il ne fait que plaquer sa futilité sur sa conception de la politique (cf. p. 32) ?
Subtile transition : si l'esprit anti-moderne est futile, surtout lorsqu'il ose se prétendre penseur politique, c'est que la raison est toute simple, nous dit Pranchère. Ce n'est, en effet, qu'un écrivain, comme Maurras, d'abord critique littéraire avant que d'être théoricien de la restauration monarchique.
Ouf, nous y sommes, 6 denses pages après le début de notre article ! : «Chateaubriand, Maurras et Renaud Camus s'offrent comme «trois idées politiques» hétérogènes fournissant une illustration, une et diverse, des tensions qui traversent toute tentative de convertir l'anti-modernité littéraire en une véritable pensée politique» (p. 33).
Aventureuse affirmation, et ce quelles que soient les lourdes précautions oratoires (illustration une et diverse, qu'est-ce que cela signifie ?) prises par l'auteur, car enfin, poser une telle pétition de principe, c'est, soit ôter à ces auteurs leur dimension littéraire pour en faire de vagues thuriféraires d'un ordre qui n'est point celui dans lequel ils ont coutume de s'ébattre, soit affirmer que cette dimension littéraire ne saurait en aucun cas subsumer une réflexion d'ordre philosophique, voire, tout simplement, politique.
De fait, Pranchère ne consacre que quelques lignes, pas très intéressantes, au cas de Chateaubriand, préférant décocher toutes ses flèches contre le «si odieux» Maurras (p. 48), qu'il déteste visiblement, et qu'il déteste au point d'en oublier les légendaires prudence et neutralité universitaires. Je laisse au lecteur le soin de découvrir ces pages, préférant me borner à évoquer (enfin !) ce que Pranchère nous dit de la position de Renaud Camus, qui réapparaît dès la page 41, l'auteur de l'article invitant même celles et ceux qui voudraient avoir quelque aperçu sur cet auteur à lire l'article que Valérie Scigala lui a consacré dans le numéro hors-série de La Presse littéraire paru en 2007, oubliant au passage, au mépris des plus sommaires et tacites conventions universitaires, de citer le coordinateur dudit numéro spécial !
Ne tenons pas rigueur à Pranchère de cette évidente étourderie et admirons plutôt la sobriété avec laquelle il nous présente Camus qui est «l'auteur d'une œuvre romanesque originale, qui appartient de plein droit à la modernité littéraire, et qui se caractérise par la très complexe polyphonie de significations que crée en elle l'arborescence des associations et des citations» (p. 41). Autant dire que ce type de sentencieuses platitudes conviendrait à n'importe quel auteur à peu près intéressant, de Carlyle à Queneau, de Borges à Bolaño. Certains pourraient même affirmer, sans rire, qu'une telle phrase illustrant, ce n'est pas rien, la logique aristotélicienne, de compréhension fort réduite et d'extension quasi infinie conviendrait parfaitement à Mathias Enard, Christophe Claro ou même Éric Chevillard.
Autre banalité sous la plume de Pranchère qui, certes, doit quand même tenter de rendre compte de la sinistre aberration que représente la création, en 2002, du parti de l'In-nocence : «La fluidité du sens que produit le jeu des niveaux de langue est l'antithèse de la solidification des idées qu'exige toute action politique, orientée vers des objectifs précisément définis, soutenue par des maximes stables susceptibles de prendre forme de slogans» (p. 42). En clair, un politicien est rarement un bon écrivain.
Nous ne pouvons toutefois qu'être pleinement d'accord avec Pranchère lorsqu'il affirme que l'«attention portée par Du sens aux parcelles de vérité que pourraient contenir les erreurs d'autrefois a été remplacé par le ressassement d'un lamento, qui mobilise pour la dénonciation du monde moderne un petit nombre de thèmes catastrophistes» (p. 43, l'auteur souligne).
Et Pranchère de dénombrer les lignes de faille dans lesquelles, selon Renaud Camus qui, nous dit notre professeur, se rapproche de certaines des thèses de Maurras (cf. pp. 45-6), les fondations de la France sont d'ores et déjà en train de s'enfoncer : «la monté de l'insécurité qui accompagne l'incivilité ordinaire, l'effondrement du système éducatif, la disparition de toute culture générale [...], l'enlaidissement des villes et des sites, la dévastation des paysages, la surpopulation» mais aussi «le recul de la politesse, l'aplatissement du langage, le dépérissement de la littérature» (Ibid.), facteurs d'abaissement gravissime qui concourent à promouvoir l'unique posture moderne, le «soi-mêmisme» tant décrié par Renaud Camus (p. 44).
Le constat, bien évidemment, outre le fait qu'il n'est pas franchement original, est dramatiquement ridiculisé par l'auteur lui-même, Renaud Camus, dont à peu près chacune des lignes, chacun des propos, chaque photographie même, est une navrante illustration, sous d'apparents dehors de haute culture européenne bien plus qu'universelle (ou plutôt, mondiale, si l'on peut affirmer que la culture européenne reste, quoi qu'il en soit, un étalon encore valable de par le monde), du «soi-mêmisme» le plus exacerbé. Et Pranchère de viser fort juste lorsqu'il pointe la plus évidente contradiction qui gangrène l'œuvre de Camus : «On peut [...] s'étonner de la polémique menée contre l'idéologie «soi-mêmiste» par un auteur qui publie chaque année un nouveau volume d'un Journal où rien n'est caché de son «soi» le plus intime : l'étalement de soi sur des milliers de pages correspond mal à l'idéal par ailleurs affirmé d'une courtoisie littéraire qui tiendrait au respect des formes. L'idéal classique de la courtoisie imposerait plutôt la retenue du propos, la brièveté et le silence observé sur soi-même» (p. 46).
J'aime assez l'euphémisme employé par Pranchère ! Effectivement, n'importe quel lecteur de ce Journal peut confirmer qu'absolument rien ne nous est caché de l'intimité de Renaud Camus, qu'il s'agisse des aléas de sa vie de châtelain ou des désordres de ses entrailles les plus secrètes. Ainsi, tout se vaut, en fin de compte, dans les pages du Journal de Renaud Camus, tout est ramené à soi-même : grains de beauté à surveiller, plombages défectueux, plomberie qui ne l'est pas moins, clébard qu'il faut solidement rosser, notes de GDF trop élevées, à-valoir trop peu élevé, pratiques sexuelles préférées, désordres immarcescibles liés au fait qu'une couille pend plus lamentablement que sa voisine, etc.
Et Jean-Yves Pranchère d'enfoncer profondément le clou lorsqu'il écrit : «Pourfendeur de l'idéologie «soi-mêmiste» de la coïncidence avec soi, Renaud Camus rêve d'une France qui resterait elle-même : rêve d'autant plus irréel qu'il est formé par un écrivain incroyant, si indifférent aux traditions religieuses de son propre pays qu'il en oublie que l'identité française vieille «de quinze siècles» qu'il revendique [...] ne pourrait pas se définir hors du christianisme et devrait imposer un retour au catholicisme» (p. 47, l'auteur souligne).
Nouveau point de convergence avec Maurras sans doute qui, d'adversaire résolu qu'il était, dans ses premiers écrits, du catholicisme, finit par admettre qu'il constituait l'un des plus solides remparts contre le désordre. N'anticipons tout de même pas trop vite la fort improbable conversion de Renaud Camus au catholicisme car devenir ou redevenir catholique ou simplement chrétien, c'est d'abord, bien sûr, s'oublier et Renaud Camus, lui, c'est même sa marque de fabrique, ne s'oublie jamais.
Quoi qu'il en soit, à ce point de son analyse, Jean-Yves Pranchère se croit autorisé à appuyer son affirmation, déclarant : «La dénonciation d'un présent aux limites indéterminées [sur le mode d'un «discours catastrophiste d'ensemble», p. 47] s'adosse à la nostalgie d'un passé «idéalisé» voire «fantasmé» [notre professeur, p. 46, note 54, parle même des «fantasmes obsessionnels» et des «propos caricaturaux» de Camus] nous dit l'auteur (p. 48, il souligne) dont les contours sont indistincts» (Ibid.).
De sorte que, une nouvelle fois, Renaud Camus est littéralement condamné, certes en écrivant beaucoup et en prenant beaucoup de photographies de lui-même, à tourner en rond puisque sa «déploration littéraire de ces réalités [celles d'une France en capilotade] est constamment menacée d'une paradoxale futilité en même temps que d'une secrète complicité avec son objet adverse : la déploration qui se complaît en elle-même, la dénonciation qui se réjouit d'avoir raison participent de ce qu'elles croient refuser» (p. 48).
C'est donc assez mal parti, mon cher Renaud Camus, pour que votre petite entreprise politique loufoque, s'appuyant sur un sol friable et visant un ailleurs parfaitement immanentiste (4) puisse nous faire, au choix, détourner le regard de dégoût et nous pincer les narines ou bien rire de longues minutes, comme elle eût sans doute fait rire, selon Pranchère, un Chateaubriand qui lui, à votre différence, était en politique «partisan d'un réalisme libéral qui visait avant tout à éviter les déchaînements despotiques que peut produire l'élévation à l'absolu de l'exigence d'égalité (p. 48)».
Citons quand même les toutes dernières lignes de l'article de Jean-Yves Pranchère, qui sauvent finalement son texte de l'insignifiance tout en réduisant un peu plus à la portion congrue la position de l'«athée Renaud Camus» : «C'est chez Chateaubriand qu'on voit le mieux comment la résistance anti-moderne peut paradoxalement s'identifier à la modernité authentique : toutes deux désignent un refus de l'aplatissement du temps, de la réduction du présent à sa seule pointe instantanée ou immédiate, de l'étouffement des résonances des autres temps qui seules donnent au présent sa plénitude de temps et de possible éternité» (p. 49).
Notes
(1) Tragique ou futilité anti-moderne ? Chateaubriand, Maurras, Renaud Camus, in Résistances à la modernité dans la littérature française de 1800 à nos jours (sous la direction de Christophe Ippolito, L'Harmattan, 2010), pp. 27-49.
(2) Louis de Bonald, Du style et de la littérature (août 1806), in Œuvres choisies, tome 1, Écrits sur la littérature (Introduction de Gérard Gengembre, Éditions Classiques Garnier, coll. Bibliothèque du XIXe siècle, 2011, p. 144).
(3) L'expression d'anti-moderne, pas forcément moins problématique que le terme réactionnaire, aura au moins fait fortune en France, sous la plume d'Antoine Compagnon.
(4) À la différence, selon Jean-Yves Pranchère, de la position intelligente, à tout le moins réaliste, de Chateaubriand qui éprouva «le premier la crainte d'un monde d'où «l'ailleurs» serait absent» mais qui «savait, romantiquement, que l'ailleurs ne pouvait pas être donné dans le monde : il plaçait l'ailleurs en Dieu, et voyait l'éternité divine au cœur du temps» (p. 49).
En guise de réponse à Jean-Yves Pranchère, qui me presse, sur le blog d'Emmanuel Régniez, de débattre avec lui sur la notion de modernité, alors que seule m'intéresse la notion que se fait notre professeur de l'art de commenter un texte
Comme il est facile de connaître, avec une confortable avance, les pseudo-arguments d'un contradicteur tel que Jean-Yves Pranchère ! C'est justement pour prévenir sa critique censée être la plus imparable que, dans ma note ci-dessus consacrée à l'analyse d'un de ses textes aussi confus qu'inintéressant, tout juste scolaire dans le déroulé de sa petite mécanique de concaténations approximatives, j'ai pris le soin de rappeler la triple procédure judiciaire, engagée par l'intéressé et deux de ses connaissances et/ou amis, Valérie Scigala et Emmanuel Régniez, contre moi. Le faisant, prenant la peine de, on m'accuse quand même de... l'avoir fait et d'avoir pris la peine de... !
Peine perdue ai-je dit car, comme je m'y attendais, notre professeur, en guise de défense, affirme que ma critique de sa critique est bien évidemment inspirée par des motifs personnels peu dignes et inavouables (sauf pour lui, qui les révèle à ma place), alors que j'ai pris le soin, alors que j'ai eu la patience et le courage de lire son texte plutôt deux fois qu'une, en en citant, comme il se doit, de larges extraits dûment référencés, n'omettant de signaler aucun des si fins rouages censés garantir le bon fonctionnement de son raisonnement, ne m'autorisant pas même une virgule que l'on pourrait juger insultante ou diffamatoire.
D'ailleurs, je suis obligé, désormais, de faire tellement attention aux phrases, y compris les plus anodines, que j'emploie lorsque je m'adresse, fût-ce indirectement, à Jean-Yves Pranchère, fût-ce en commentant un texte de lui qui ne m'a pas paru être absolument irremplaçable, que j'ai fait relire cette note qui a tant déplu à l'intéressé, à mon conseil, qui l'a trouvée dépourvue de toute dimension diffamante ou insultante.
Rien à faire car, veut nous convaincre Pranchère en usant d'un stratagème argumentatif de cours de récréation : si j'ai pris le temps et le soin de me pencher sur son texte, si j'ai pris le temps et le soin d'en commenter les principales avancées (en fait, aucune, puisque Pranchère, dans ce texte, tourne en rond), c'est tout simplement que, son texte, et lui, celui qui l'a écrit, éh bien je les admire secrètement et qu'à tout le moins je ne les trouve pas si insignifiants que je me plais à le répéter ! Je ne compte plus les propos où l'intéressé affirme que si je lui ai proposé de participer aux Infréquentables, c'est aussi, bien évidemment, que je me suis fait, de ses travaux, une opinion critique résolument flatteuse. Finalement, Jean-Yves Pranchère semble ne pouvoir se résoudre au fait que ses textes, bien sûr pour ceux que j'ai lus, ne me paraissent ni meilleurs ni pires que des centaines d'autres produits par le monde universitaire. Demandez à Pranchère ce que Joseph de Maistre écrivit un lundi matin, à 8 heures 23, de l'an de grâce 1815, alors qu'un fichu rhume paralysait un millième des prodigieuses facultés intellectuelles de ce génie. Mais ne demandez en aucun cas à Pranchère de vous donner le goût de lire, encore moins de découvrir les textes maistriens.
Toute personne m'ayant lu avec un peu de sérieux et le minimum d'honnêteté intellectuelle qui sont encore des vertus nécessaires à une lecture véritable, sait bien que je ne me gêne jamais pour affirmer la grandeur d'un texte et que, ma foi, si j'avais lu Pranchère, quels que soient les griefs qui nous opposent, en y trouvant la matière intellectuelle, imaginaire, littéraire et métaphysique qu'un Melville, Faulkner, Gadenne ou Penn Warren ont déposée dans leurs romans, ou même celle que de grands lecteurs comme Charles Du Bos, Albert Thibaudet ou Georges Blin ont laissée dans leurs essais, je l'aurais pour le moins claironné. Il me semble que Jean-Yves Pranchère n'accepte pas, tout simplement, que je puisse considérer, démonstration à l'appui, qu'un de ses textes n'est rien d'autre qu'une étude à peu près insignifiante quant à sa porté littéraire voire, strictement universitaire.
Si je lis et commente le texte de notre professeur, c'est donc, me suis-je dit de façon naïve, que la personne qu'est Jean-Yves Pranchère, insignifiante ou exceptionnelle je ne sais et m'en moque, ne m'intéresse, au risque de la peiner, pas une seule seconde. Pas du tout me rétorque-t-on ! C'est même exactement l'inverse qui s'est produit ! Quant à son texte, je crois en avoir démontré les forts maigres avancées, ainsi résumables : Renaud Camus est un fat qui ne s'intéresse qu'à lui-même, et ne s'intéresse à la situation de la France que dans la mesure où celle-ci risquerait de mettre en péril sa vie de châtelain sybarite, voyageant par monts et par vaux durant la moitié de l'année pour nous transmettre, par le biais d'ouvrages ou de tomes de Journal de moins en moins intéressants, ses pensées les plus personnelles et ses considérations hautement polémiques sur la déliquescence de la France comme horizon de pensée de tout un peuple, voire d'une humanité qui, depuis belle lurette, prend la France pour un lampion couvert de chiures de mouches plutôt que pour un phare. Avouons qu'ainsi résumée, le constat auquel est parvenu Jean-Yves Pranchère sur les travaux de Renaud Camus est réduit à sa plus juste proportion : un texte de commande appliqué, histoire d'inscrire son nom dans un collectif d'auteurs, vieille nécessité par laquelle l'Université croit se rendre indispensable alors qu'elle n'est qu'ennuyeuse et bavarde.
Ce n'est pas tout hélas, Pranchère va plus loin dans la savante explication de mes motivations réelles à oser, le terme n'est pas exagéré, le commenter. Ma lecture minutieuse ne témoignerait que d'une solide mauvaise foi et d'une rancune personnelle à l'égard de l'intéressé qui s'étonne de mes étranges pratiques. Mes étranges pratiques ?
Il est pour le coup assez étonnant, oui, que Jean-Yves Pranchère, en guise de contradiction marmoréenne à mon modeste projet, doive avancer pareille insinuation tout à fait extérieure à la validité de l'exercice que je me suis proposé de mener à bien. Quoi qu'il en soit, faire diversion de si visible façon est une ficelle que l'on m'autorisera à trouver un peu grosse et même, grossière. Car enfin, quel est donc le rapport entre mes si détestables pratiques et Renaud Camus, Maurras, Chateaubriand lus par Pranchère, matière poreuse et vaporeuse de l'article d'un professeur d'université rapprochant ces trois auteurs d'une manière que j'ai jugée fort peu convaincante ?
J'y songe tout à coup : peut-être a-t-il voulu dire, par les termes étranges pratiques, ma volonté de comprendre les raisons pour lesquelles un professeur fort honorable, parmi d'autres personnes (dont les deux plus haut nommées, Valérie Scigala et Emmanuel Régniez), a ressenti le besoin impérieux, non point de disséquer mes textes comme il l'a fait, sans beaucoup de talent il est vrai ni même de connaissance réelle des travaux de Renaud Camus, mais d'établir entre ceux-ci ou plutôt, entre mes méthodes de pensée et style d'écriture et une école de pensée fort peu recommandable (Renaud Camus évoque la tradition éructancte de l'extrême droite) des liens que j'ai l'honneur de trouver tout simplement ineptes et inadmissibles, surtout lorsqu'ils ne sont fondés sur aucun fait que l'on pourrait m'imputer ni même texte dont je serais l'auteur ? Je rappelle que Jean-Yves Pranchère, avant tout, est un lecteur.
J'en suis un aussi ! Tenez, si j'étais cruel ou plutôt, strictement impartial, j'indiquerais à l'intéressé l'existence d'un article, disponible sur Knol, consacré à une lecture de Monsieur Ouine de Georges Bernanos par le biais de l'analyse kierkegaardienne de l'hermétisme démoniaque. Cet article présente et représente tout ce qui manque dans celui de Pranchère : un véritable sujet d'étude, dont l'originalité, je crois pouvoir le préciser sans excès de forfanterie, frappa Michel Estève auquel les bernanosiens doivent tant, et Michel Minard lui-même, d'habitude fort peu avare de compliments; ensuite une comparaison d'intérêt entre des auteurs que rien ne lie a priori, une lecture pour le moins inédite d'un ouvrage remarquable, des conclusions qui donnent à penser et puis même, pourquoi pas, des phrases écrites moins platement que celles qu'on dirait avoir été rédigées pour l'utilisation d'une machine à laver.
Qu'avons-nous, dans l'article de Pranchère que je me suis efforcé de commenter ? Rien ou si peu, de quoi nourrir la copie poussive d'un élève d'hypokhâgne. Aucun point de vue original, tant il semble évident que la présence de Renaud Camus n'est légitimée que par l'envie, à peu de frais, de rapprocher, par l'écume plutôt que par le fond, cet écrivain de deux autres écrivains tous trois englués dans la mélasse d'une modernité que Pranchère est bien incapable de filtrer autrement qu'en utilisant de petits tableurs obligeamment préparés par Antoine Compagnon et, indirectement, Roland Barthes. Aucun style je l'ai dit, quand, il y a tout de même assez peu de temps, des professeurs qui étaient aussi des écrivains d'un certain talent s'honoraient de réfléchir dans une écriture moins plate qu'une pénéplaine de truismes sentencieusement présentés.
Jean-Yves Pranchère se dit lecteur. On me permettra de suspecter la réalité de ce talent ou, pour employer un mot qui fera rire notre professeur, cette grâce.
Ainsi, ce travail de lecture dont on jugera la méthode herméneutique pour le moins sujette à caution, Jean-Yves Pranchère ne l'a point réalisé dans un article universitaire, ce qui eût constitué une critique saine, bien qu'inutile, le type même de critique que l'on est ou serait en droit d'attendre d'un universitaire. Ce travail de lecture, du moins appliqué contre mes propres textes jamais cités, Jean-Yves Pranchère l'a mené dans un groupe au caractère douteux, dont l'intitulé diffamatoire apparaissait dans tous les moteurs de recherche, groupe où Valérie Scigala autorisa dûment la présence de mon pseudonyme, Jules Sörwein, cette même Valérie Scigala prenant la peine de préciser, dans son message de bienvenue dont j'ai évidemment conservé copie, qu'elle se fichait que je puisse être... Juan Asensio, groupe supprimé, enfin, par Facebook pour violation de ses conditions d'utilisation puisqu'y était reproduit sans la moindre autorisation de ma part... un de mes courriels privés !
Quelle leçon herméneutique Pranchère nous a livrée ! On comprend qu'il ait cherché, à tout prix, non point à débattre avec moi, ce qu'il réclame curieusement à corps et à cris chez son ami Emmanuel Régniez, mais à me faire taire, retrouvant finalement le sens d'une maxime qu'il doit bien connaître, que je cite de mémoire, pardonnez-moi pour cette coupable approximation : On n'a rien fait contre les opinions tant qu'on n'a pas attaqué les personnes. Joseph de Maistre en est l'auteur, que connaît si bien Pranchère. Je devrais ainsi débattre avec des personnes qui veulent me faire condamner à leur verser plusieurs dizaines de milliers d'euros et je devrais m'estimer heureux encore qu'elles veuillent intellectuellement ferrailler avec moi ! Elles oublient pourtant de préciser qu'elles ont fait supprimer trois des notes que je consacrai à leurs bavardages savants et qui, ma foi, étaient une forme de débat, certes suffisamment ironique mais précis et imparablement sourcé pour les faire rugir de colère. Elles oublient de préciser que, lorsque l'on veut faire condamner, et avec quelle opiniâtreté, une personne à verser une somme dépassant, selon les calculs les plus prudents, plus de 160 000 euros répartis en trois procédures judiciaires (procédures que les trois plaignants ont pris le soin de fractionner et ainsi de multiplier), l'intention dialogique, la volonté de débattre, l'amitié qui président à tout dialogue réel ne sont pas, loin s'en faut, les caractéristiques les plus évidentes de leur si cordiale proposition. Ils oublient encore de préciser que jamais je n'ai pris connaissance de la mise en demeure rédigée par leur avocat. Je ne mets absolument pas en doute l'existence de cette mise en demeure, ni même le fait que mon hébergeur l'ait reçue. Simplement, moi, je n'ai jamais lu une ligne de Maître Antoine Gitton avant qu'un gendarme ne m'explique, pendant une journée de fort instructive conversation, de quoi l'on m'accusait. J'étais donc bien incapable de supprimer quoi que ce soit qui avait déplu aux plaignants, comme je l'avais fait lorsque Maître Emmanuel Pierrat mandaté par Léo Scheer m'avait demandé de supprimer telle note visant son employeur, à charge, pour ce dernier, de supprimer deux notes ordurières sur mes travaux et ma personne. Vous voyez, n'étant pas un homme borné, je pratique la conciliation, selon le terme convenu, lorsqu'on me demande, poliment (c'est une façon, certes, de parler, lorsqu'il s'agit de ce type de missive comminatoire...) de la pratiquer...
Et puis, débattre de quoi, au fait ? De la modernité ? Le remarquable lecteur qu'est Jean-Yves Pranchère a visiblement mal lu mon texte, ne semblant pas comprendre que le thème de la modernité n'était un sujet de rédaction, à laquelle je donnerais une note passable tout au plus, que pour lui. Ouvrons les yeux de notre professeur et faisons-lui, un instant, cours, inversant les rôles, j'espère qu'il ne prendra pas ce renversement pour une intention diffamatoire ou insultante : mon but, avec cette note consacrée à une lecture de Renaud Camus par Jean-Yves Pranchère, était d'examiner la méthode herméneutique utilisée par notre lecteur pour comparer, plus que superficiellement comme il le fait, trois auteurs aussi apparemment dissemblables que le sont Chateaubriand, Maurras et Camus. Je n'ai rien appris de l'article de Pranchère, sinon que Chateaubriand, sous ses airs de romantique éploré et un peu mièvre, ne s'en était pas si mal tiré que cela lorsqu'il se trouva aux prises avec l'ogre politique, que Maurras était une petite crapule et que Renaud Camus prenait ses désirs pour la réalité.
Maigre résultat, si on le met en regard avec les efforts argumentatifs déployés par notre professeur, qui à tout prix a tenté de coller à la problématique du recueil où son texte a trouvé place.
Et puis encore, débattre avec qui je vous prie ? Avec trois personnes, Valérie Scigala, Emmanuel Régniez et Jean-Yves Pranchère qui ont porté plainte auprès d'une brigade de recherche de gendarmerie spécialisée en cybercriminalité sans le travail minutieux de laquelle jamais le triple (à l'origine, je rappelle que le chef d'usurpation d'identité était également retenu contre moi, avant qu'il ne soit supprimé par le Procureur de la République), sans le travail minutieux de laquelle, donc, jamais le triple puis double motif de la plainte n'aurait été probablement retenu puisqu'il s'agissait, je livre ce secret d'État, de l'usage d'un pseudonyme accepté comme tel par l'administratrice d'un groupe qui m'insultait et de la publication de captures d'écran des discussions tenues sur le mur de ce même groupe Facebook (et non point de messages privés) dans lequel je ne me suis nullement introduit par effraction puisqu'il faut, pour accéder frauduleusement à un site, des connaissances informatiques que je ne possède fort heureusement pas ? Voici donc deux révélations qui relativisent je l'espère les chefs d'inculpation graves qui me sont reprochés que sont l'intrusion dans un système fermé de traitement informatique (Facebook en l'occurrence) et la violation du caractère confidentiel de la correspondance...
Débattre, je vous prie, avec trois personnes dont la volonté de dialogue m'a fait passer une journée en garde à vue, enfermement dans une cellule compris dont je n'ai point eu l'intelligence toute commerciale, comme Frédéric Beigbeder l'a fait, de tirer un roman ridicule mais lucratif ?
Débattre, je vous le demande, avec des personnes qui, sitôt que les juges les ont déboutées de leurs actions judiciaires, font immédiatement appel de la décision rendue en leur défaveur, sans doute pour me convaincre des vertus éminentes d'un débat intellectuel qu'ils ne m'ont jamais proposé ?
Débattre avec des personnes, dont Pierre-Antoine Rey signant Cormary, qui a cru bon de manifester son soutien aux plaignants par le biais d'une attestion sur l'honneur envoyée à Maître Gitton, alors qu'il n'était, de près ou de loin, aucunement concerné par cette affaire ?
J'aimerais que nous nous attardions pour conclure sur le cas de Pierre-Antoine Rey, inventeur d'un personnage repoussant qu'il a lui-même nommé Pierre Cormary. L'homme ne m'intéresse nullement, encore moins sa vie publique, intime ou privée (qu'il nous livre pourtant sans fard sur son propre blog), seulement sa façon de lire ou de mélire, qui est aussi une manière, je le suppose, de réfléchir. Cette digression est utile puisque Pierre-Antoine Rey, sur sa page Facebook ou ailleurs, m'insulte et me diffame sans la plus petite vergogne depuis bien trop longtemps.
D'un monologue au fond d'une cave : Pierre Cormary le mélisant
Si vous avez quelque temps à perdre, allez donc lire, tout de même pas comme je l'ai fait, c'est-à-dire jusqu'à l'écœurement, les indigestes tartines de beurre rance que Pierre Cormary agite sous nos nez en y ayant déposé de gros morceaux malodorants de Sade, Sacher-Masoch, Joyce ou Stendhal (ces quatre noms importent peu et peuvent être remplacés par n'importe quels autres, comme Nabe, Chesterton ou René Girard, ayant eu la malchance d'être commentés par notre piètre lecteur) et des plumitifs aussi nuls qu'Amélie Nothomb.
Parfois, il nous offre, utilement, un résumé de son activité annuelle sur Facebook. Cela donne telle note, où le grotesque le dispute au vulgaire, au sale, à la pornographie verbale.
C'est bien simple, quel que soit l'auteur ou le sujet évoqués par notre mélisant, comme lorsqu'il s'agit de défendre l'ignoble navet de Mel Gibson ayant pour titre La Passion du Christ ou tel ou tel prodige d'intelligence, selon notre si fin critique cinématographique (les preuves : sur Kill Bill, Batman Begins, etc.), bref, quel que soit le sujet sur lequel Pierre Cormary n'hésite jamais à déverser sa fausse science et sa maladive logorrhée, la même aigre ritournelle nous est jouée, dont le refrain si peu original qu'il en devient touchant et même obsédant est un long, unique et douloureux Moi ! Moi ! Moi !, formule magique de sa pauvre structure névrotique, selon le procédé fort commun dit de l'identification priapistique pré-pubère qui consiste à se choisir une figure de grotesque, de préférence fantasmatique, pour décharger sur ses épaules déjà courbées ses plus insignes tares.
C'est ainsi que Pierre Cormary a pris soin de n'aimer que des égotistes indécrottables qui, signe invariable de la petite mécanique perverse à laquelle il obéit comme un éléphant à son cornac, lui ressemblent (puisque tout le monde ressemble, en fin de compte, au plus misérable d'entre nous et qui se considère comme tel), comme Gabriel Matzneff, et, bien sûr, Marc-Édouard Nabe, qu'il aime et hait tout à la fois.
Celui par qui le scandale n'arrive jamais
Confusion mentale ? Nous pouvons la soupçonner dans une bonne centaine de notes de Pierre Cormary même si quelque lecture inattentive, superficielle des écrits de notre blogueur peut laisser penser qu'une redoutable mécanique dialectique est à l'œuvre dans les textes de l'intéressé.
Car, chez Rey, tout est leurre : et d'abord sa connaissance de la littérature, qu'elle soit française ou étrangère. Pierre-Antoine Rey est beaucoup de choses si l'on veut mais il est, avant tout, un incompétent en matière littéraire et, par-dessus le marché, un inculte.
Qu'avons-nous, en guise d'intelligence et de style ? Quelques pitoyables procédés, dont je n'évoque que les plus intéressants. Ainsi, en guise de captatio benevolentiae, ce que nous pourrions appeler l'insinuation galopante ou bien la suspicion salopante, dont le contresigne pourrait être appelé le blanchiment infamant. Illustration, par ce monologue entièrement imaginaire que pourrait nous tenir Pierre Cormary : «Allez, mon cher lecteur, mon semblable, mon frère, crois-tu réellement que le pur parmi les purs, le Christ voyons, soit aussi pur que cela ? Tiens, saint Paul lui-même, «hystérique, fanatique, misogyne, homophobe, pré-inquisiteur», n'est jamais qu'un Saul repenti ! Pareillement, es-tu assez stupide pour penser que le plus abject salopard, un Sade ou tout autre pestiféré de ton choix, est aussi abject que cela ? Non mon cher, il l'est encore bien plus que jamais tu ne l'imagineras et, a contrario, le Christ est au-delà de toute idée lamentable que tu pourras te faire de la pureté, et, je vais te le dire, c'est bien pour cela que l'un et l'autre, le Christ et Sade ou le plus insigne salaud qu'il te plaira de peindre en termes outranciers, sont au-delà du bien et du mal parce que, moi, je te le dis : rien n'est pur, tout est déjà sali, même le plus innocent bambin encore relié à sa mère (cette probable mégère peu reluisante...) par son cordon ombilical.
De fait, juger le plus pur ou le plus impur ne fait que nous juger, je te conseille de relire La Chute de Camus si tu veux tout comprendre à cette mécanique vieille comme le monde, et que René Girard a merveilleusement démontée.
Deuxième temps de notre petite démonstration cormarienne : nous juger, c'est nous condamner parce que, cher lecteur, au cas où tu en douterais, je te confirme que nous sommes, toi et moi, moi surtout mais tu n'es pas en reste, deux beaux salopards. Pourquoi, me demandes-tu ? Comme tu es touchant, à la fin, un véritable petit ange tombé du ciel sur la terre et tout désorienté de se trouver entouré de visages grimaçants. Tu es un salaud parce que, retournement de l'identification priapistique vue plus haut, tu ne me lirais pas si tu étais si pur que cela. Si, donc, tu me lis, c'est sans doute, allez, à coup sûr même, que tu patauges dans la boue, comme moi, mais que, tout comme moi je le sais bien, tu adores t'y vautrer, selon le mouvement bien décrit par Honoré Biffard lorsqu'il parle de rivalité porcinétique : tu me lis et désespère d'égaler ma vilenie, ma saleté repoussante mais tu sais bien que jamais tu ne parviendras à m'égaler car, vois-tu, si tu étais comme moi, eh bien, tu serais moi, je veux dire que tu écrirais à ma place et donc que je n'aurais plus de raison de le faire, ni même de vivre puisque mon unique raison de vivre, n'est-ce pas, c'est l'écriture ! Tu me suis ? C'est pourtant facile de me comprendre, non ? Garde en mémoire que je ne m'aime pas et que je n'aime pas que les autres m'aiment, c'est le fil directeur de ma sophistique.
Troisième mouvement de notre opéra de quatre sous, il me faut donc, immédiatement, défaire ce que j'ai lié et te faire comprendre, pauvre âne de lecteur, que jamais tu ne seras aussi sale et repoussant que je le suis, j'appelle ce procédé le bannissement par l'abjection : je me couvre de merde comme David Nebreda, sous une telle quantité que je disparais de ta vue. Ainsi me suis-je retiré de la communauté avouable des vivants et des lecteurs pour m'emprisonner et me retraire dans l'inavouable, la communauté des damnés, impossible bien sûr puisque le damné est l'être le plus solitaire que tu pourrais concevoir dans ta petite cervelle friande de réjouissances festives et sociales. Crois-tu, même, que l'auteur que je commente, pour lequel j'ai déroulé le tapis crasseux de ces trois procédés herméneutiques, crois-tu même que cet auteur me soit d'un quelconque secours ? Bien sûr que non car l'ultime ruse de celui qui hait est de se débarrasser de la main tendue du dernier bon Samaritain, de cracher même sur cette main offensante qui est le signe et le symbole de la bénédiction du partage et moi, je ne veux rien, rien d'autre que d'être mon propre bourreau, j'ai mieux lu Baudelaire que toi va, et ainsi, dans un tête-à-tête infernal, je désire dissoudre à petit jets de haine en espérant bien faire taire celles et ceux qui pourraient vouloir m'aider, toi le premier peut-être.»
Je vois l'écrivant tomber sans mystère
Jugez-en donc, de cette intelligence devenue légendaire, par cet extrait de ce brouet sans saveur : «Au bout du compte, ça veut dire quoi être chrétien ? Ca (sic) veut dire reconnaître la saloperie de son être (sic ! NDLR : le péché originel). Ca veut dire avoir une certaine conscience de soi en même temps qu’une conscience du négatif. Ca veut dire apprendre à retourner le négatif en positif, le mal en bien, la faute en châtiment et le châtiment en rédemption.» En somme, ce magnifique condensé de la réversibilité des mérites pour lecteurs de Oui-Oui indique suffisamment que, au travers du regard de notre «catholique de la Contre-Réforme» (sic, extrait des informations fournies par l'intéressé sur son profil public Facebook), rien ne peut vraiment l'ébranler puisque tout, finalement, se vaut, une tragédie de Shakespeare comme un des surnuméraires navets de Nothomb, une page de Nietzsche comme une page de Laurence Zordan. Être catholique, du moins selon Pierre Cormary, cela signifie... absolument tout ce que l'on voudra, sauf, probablement, être catholique, c'est-à-dire appartenir à la communauté visible et invisible de celles et ceux qui non seulement suivent les commandements du Christ mais tentent de lui ressembler.
Affirmer que le personnage inventé par Rey n'est autre chose que le signe d'une pathétique et ridicule obsession de soi-même, entraîne quelques conséquences et provoque, chez l'intéressé, de nouveaux dysfonctionnements herméneutiques comme une vulgarité indéfectible (tous ces «Ah !» (variante «Ah la la !»), tous ces «Oh !» ponctuant ses commentaires et ses notes de blogueur, tous les petits procédés si peu originaux qui lui font imiter une gouaille populaire aussi peu naturelle qu'une greffe de palme d'ornithorynque sur un ventre d'hippopotame), une sexualité aussi tortueuse que torturée comme il nous l'expose dans la majorité de ses notes impuissantes à parvenir à se saisir et peut-être même à s'aimer, y compris lorsqu'elles évoquent la position de l'Église sur les animaux génétiquement modifiés, mais aussi une incapacité totale à évoquer un grand texte pour des raisons purement littéraires, nous offrant au contraire, en lieu et place d'une grande critique dont la première grandeur est de s'oublier, une soupe peu alléchante où surnagent quelques gros croutons frottés à l'ail de moi-mêmisme démultiplié à l'infini, nous offrant encore, contemplée sous une bonne centaine d'angles et autant de miroirs, la face de notre navrant et si profondément incompétent lecteur, ne faire que cela donc, aligner les uns après les autres ces jugements qui feraient taire, à vie, tout autre que Pierre-Antoine Rey dit Cormary qui n'a jamais douté de son talent, c'est s'arrêter trop vite et rater la vérité splendide et misérable, en ce qu'elle est d'essence théologique, de cet intarissable bavard, l'un des plus infâmes littérateurs sévissant sur la Toile.
Vais-je aller jusqu'à affirmer qu'il déshonore la blogosphère ? Non, bien sûr que non, quelle stupidité ce serait là ! Pierre Cormary ne déshonore que l'idée que je me fais de la parole critique. Il déshonore aussi l'idée que je me fais de la vertu et de la pudeur, avouons que c'est là placer la barre plus haut qu'une niaise et pitoyable stigmatisation d'un blogueur qui, vite perdu dans les plus minuscules flaches virtuelles, se rêvant grand squale blanc alors qu'il n'est, au mieux, qu'éponge de mer, frétille toutefois d'aise.
Cette vérité cormarienne, comble d'ironie (et quelle ironie, aussi socratique que kierkegaardienne, voilà qui devrait plaire à l'intéressé) qui, toutes les fois que je lis une ligne de notre littérateur, me fait partir d'un grand éclat de rire, est tellement visible que je m'étonne que personne n'ait songé à la jeter en travers de notre poussif jouisseur : car Pierre Cormary, comme telle créature de papier qu'il rêve d'égaler par son impuissance même et la misère, nous dit-il, nous répète-t-il, nous fatigue-t-il de note en note, en évidences ou allusions à peine voilées (Rey n'aime pas le voile, c'est un fait; il le déteste même, comme le montre cette note répugnante, qui aurait pu valoir fatwa à celui qui en est l'auteur), la misère donc de sa sexualité, est un Don Juan parodique, un démon de toute petite envergure. Je veux dire qu'il est, comme le Peredonov de Sologoub, un de ces pauvres torturés qui paraissent perpétuellement agités par une danse de Saint Guy, la danse de celles et ceux qui ne savent pas danser sans que pénètre dans leurs veines le suc d'une présence étrangère, qui les anime un temps puis les abandonne à leur navrante insignifiance. Car Pierre-Antoine Rey, qui feint de jouer l'impassibilité devant ses ennemis et l'imperturbable et pédagogue Socrate qu'il n'est bien évidemment pas, n'a aucun ami véritable, rien d'autre que quelques échos électroniques et fantômes, apitoiements contraints, encouragements de circonstance, tendresses mensongères et dégoûtées.
Ne surtout pas achever le piètre critique
Ces deux termes, érotomanie et démoniaque, ne représentent rien d'autre que la difformité d'une seule créature, malheureux bifrons enfermé dans ce que le génial penseur danois a nommé l'hermétisme.
Je ne puis que renvoyer les lecteurs intéressés par cette question, et surtout Pierre Cormary, ce lecteur si lamentable du Grand d'Espagne qu'il doit tenter de déshonorer sa mémoire pour nous convaincre qu'il n'était pas aussi intègre qu'on l'a dit, à ma longue étude de l'hermétisme démoniaque appliqué, comme catégorie de lecture, à Monsieur Ouine de Georges Bernanos.
Pierre Cormary nous apprend qu'il est un rat.
Je laisse à l'auteur la responsabilité de sa comparaison tout en lui faisant remarquer qu'une créature aussi malaimée que le rat bénéficie encore de la chaleur de ses congénères et que, dans les ténèbres où il se cache, il peut trouver quelque réconfort à se frotter contre une ou plusieurs femelles de son espèce, et même se perpétuer, sous la forme d'un de ces repoussants anneaux de bébés rats.
Le démoniaque, lui, est enfermé, comme l'est le personnage de Fiodor de La Joie, dans la propre geôle qu'il a édifiée avec une haine de lui-même que le malheureux, comme la première Mouchette d'ailleurs, finira par retourner contre lui.
Il y aurait toutefois une faute herméneutique à rapprocher Pierre-Antoine Rey du personnage de Fiodor qui, dans sa bassesse, témoigne d'une certaine grandeur, car il ne sert finalement à rien de demander à un mort d'être vivant.
Un autre personnage illustrant l'hermétisme démoniaque, cette fois-ci mis en scène par Ingmar Bergman dans Saraband, Johan, nous permettrait mieux je crois de comprendre le comportement de Cormary. Johan aime tellement les autres (sa fille, surtout) qu'il les confond avec lui-même. Les haïssant donc, il se déteste tant qu'il accepte tous les crachats; il est contraint, par une impérieuse nécessité, à se vider de sa haine et de sa grimaçante vérité de démon devant le premier venu.
Kierkegaard, définissant l'hermétisme et son corollaire qu'il nomme l'ouverture involontaire, écrit dans Le concept de l'angoisse que le plus faible contact, un regard d'un inconnu, etc., suffisent pour déclencher cette ventriloquie, terrible ou comique, qui agite le démoniaque furieux de se libérer de sa haine.
L'intelligence contrefaite de Pierre Cormary sait parfaitement que, employant certains mots, il nous indique les chiffres de son rébus misérable. Appelant à me faire condamner, il tourne contre moi une haine, une détestation viscérale qu'il a d'abord dirigée contre lui-même. Ainsi se condamne-t-il lui-même à ne pouvoir s'évader du cachot dans lequel il s'est claquemuré.
Mais cette banalité, ce n'est pas au démon de toute petite envergure qu'est le personnage de Pierre Cormary que je vais l'apprendre.



























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