11/02/2011
Babel de Silvano Petrosino

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13/01/2011
L'instinct de conservation de Nathanaël Dupré la Tour : entretien

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27/03/2008
Maljournalisme 6 : fin, par Jean-Pierre Tailleur

Voici le dernier extrait du long texte de Jean-Pierre Tailleur consacré au maljournalisme. J’ai écrit ce que je pensai de son livre qui, dans sa froideur même, glace par ce qu’il laisse entrevoir, toute la théorie malingre, fantomatique des népotismes et des combines en tous genres, les ricanements et les petites tapes entendues qui s’enroulent comme des cloportes dès qu’un peu de lumière éclaire leurs orgies de soupente pourrie. D’un commun accord, nous avons fondu en un seul les deux textes qu’il me restait à faire paraître sur le Stalker, afin de ne pas mécontenter les commanditaires de ce travail, que Tailleur remercie, c’est après tout la moindre des choses.
Je viens de relire l’étrange Conte du Graal de Chrétien de Troyes, que j’avais découvert après la lecture du Château d’Argol de Julien Gracq et j’ai longuement médité sur l’un des passages les plus énigmatiques de ce fameux texte de plus de 9 000 vers, celui où l’ermite explique à Perceval les raisons de son silence alors que le chevalier impavide eût pu sans peine demander à qui le saint Graal était apporté et quelle était la signification de la lance qui saigne. Il ne l’a pas fait d’où, comme le lui explique l’ermite, son oubli de Dieu durant cinq années. Ce passage m’a cependant moins ému que cette brève notation, dans laquelle j’ai trouvé comme une annonce de la thématique d’une des nouvelles les plus fascinantes d’Henry James, La Bête dans la jungle : «Ce iés tu, li malaüreus, / Qant vëis qu’il fu tans et leus / De parler, et si te taüs !» ce qui, dans la traduction parfaite de Charles Méla, donne «C’est le tien, ce malheur / à toi qui a vu qu’il était temps et lieu / de parler et qui t’es tu !». Ce malheur, c’est le nôtre sans doute, à nous qui ne savons plus d’une parole, en nommant le réel, le façonner, le transformer, tout simplement le faire naître.
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07/03/2008
Maljournalisme 5 : à travers le miroir, par Jean-Pierre Tailleur

«La manipulation idéologique commence par la première des tortures qui est celle du langage et de la parole»
André Hirt, L’Universel reportage et sa magie noire (Éditions Kimé, 2002), p. 282.
Quelques lignes tout d’abord, qui seront diversement jugées mais qui à mes yeux ont un intérêt évident : elles affirment dans leur froideur immonde, si l’horreur avait encore besoin d’être précisée (et elle l’est, hélas, elle doit toujours l’être…) que la Parole (je veux dire l’art, la beauté, l’esprit) est totalement impuissante face au Mal. Je ne dis pas, comme les petites robots de l’AFP, «attentat kamikaze» ou «terroriste», j’écris : le Mal. Voici donc ce que j’ai lu dans la presse (Le Figaro, édition électronique du jour, le compte rendu du Monde étant tout simplement aussi glacial que le réfrigérateur d’une morgue) concernant le double attentat à Beersheva et celui commis à Moscou : «Shlomi Makias, un volontaire de la police de 50 ans, était toujours sous le choc près de deux heures après l'attaque. Ce que j'ai vu aujourd'hui est sans précédent pour moi», a-t-il confié à l'AFP. «J'ai vu une petite fille disloquée et une femme dans un état impossible à décrire». Alexei Borodine, 29 ans, venait de sortir d'un magasin voisin au moment de l'explosion et a vu des victimes encore vivantes. «C'était des corps déchiquetés. Ces personnes cherchaient à se relever, mais ce n'étaient plus des humains», a-t-il dit à l'AFP. «Une des victimes, un homme, avait perdu son estomac, a-t-il ajouté ». Quel écrivain génial pour ne serait-ce qu’égaler la monstruosité d’un pareil spectacle, en des termes moins imposants, j’allais écrire pompeux, plus simples ? Quel Conrad, quel Benn quel Trakl plongés dans les replis de l’horreur moderne ? Quel Roberto Bolaño, dont je viens de terminer la lecture d'Étoile distante, reprise ménardienne, comme le confesse l'auteur, d'une des nouvelles les plus marquantes recueillies dans La Littérature nazie en Amérique qui évoquait la sombre histoire du lieutenant Ramirez Hoffman. Que fait Bolaño dans ce livre ? Il ne montre rien, il suggère : son écriture devient elliptique, selon une démarche bien connue de tous les écrivains (ceux que j'ai nommés et tant d'autres) qui ont évoqué le Mal, cette réalité illusoire, labile, ce prestige, dont on ne peut rien dire, que la littérature pourtant s'efforce d'emprisonner dans ses filets de mots et d'images.
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27/02/2008
Maljournalisme, 4, par Jean-Pierre Tailleur, précédé d'une leçon de journalisme, par Dominique Mouton du Parisien

Je poursuis la mise en ligne du texte de Jean-Pierre Tailleur avec ce Maljournalisme 4. On y lira avec ravissement, étonnement et, dans mon cas, beaucoup d’amusement, les efforts déployés par notre auteur pour parvenir à capter l’attention de quelques locustes bavards qui, cette caractéristique de l’espèce est suffisamment connue, ne peuvent survivre qu’auprès de leurs millions de congénères tout aussi bruyants.
Tout comme il est ridicule de parler d’un termite, nul n’a pu observer assez longtemps, en effet, l’un de ces criquets brutalement arraché à son nuage qui le protège de l'extérieur et des prédateurs. Encore moins est-il possible de surprendre un journaliste assez fier et brave pour penser tout seul, en tous les cas écrire sans consulter les articles de ses petits copains et, comme le ferait une hyène – ou peut-être un animal moins noble encore – flairer l’air pour découvrir où pourrissent les carcasses… Nous allons y revenir, à l'esprit grégaire propre aux moutons et aux journalistes, espèces voisines par leurs caractéristiques génétiques.
Je viens de terminer l’ouvrage de Tailleur (paru aux éditions du Félin). Mon étonnement est devenu stupeur, celle-ci une consternation qui, au fil des pages, s’est transformée bien souvent en colère. Je ne suis guère étonné, en fin de compte, que pratiquement nul n’ait voulu de ce livre et bien peu de critiques en aient rendu compte ou seulement du bout des doigts pourrait-on dire, une pince à linge sur le nez. L’ouvrage du reste est parfaitement documenté, raisonnablement (si je puis dire) polémique même si jamais il ne succombe à la facilité de l’attaque gratuite ou à cette colère qui gâcherait selon certains quelque plume parfois valable. C’est même le contraire puisque Tailleur essaie d’être juste, n’hésitant jamais à louer tel ou tel quotidien, tel ou tel journaliste, pour leur travail d’investigation. C’est justement cette absence de colère, absence en fin de compte si peu littéraire, qui me fait pourtant préférer à ce type de livre à visée peu ou prou «scientifique» (et c’est bien sûr tout à son honneur) le genre du pamphlet ou, à tout le moins, les ouvrages irremplaçables d’un Kraus, que Tailleur ne cite jamais bien que le patron de Die Fackel ait décortiqué comme nul autre les mécanismes de la presse. J’oubliai, aussi, Kierkegaard qui n’a de cesse de maudire la termitière que représente la presse (en fait, la foule) à ses yeux et n’importe quel auteur, finalement, qui a compris une fois pour toutes que cette même foule était assimilable à un gigantesque étron, il est vrai peu commun puisqu’il bavarde et ne fait même rien d’autre que bavarder…
En guise de plaisante transition avec la suite du texte de Jean-Pierre Tailleur consacré au maljournalisme, voici la réponse que j'ai reçu de la part d'un des journalistes du Parisien, quotidien auprès duquel je me suis naguère étonné qu'il osât affirmer que la désormais fameuse vidéo montrant Nicolas Sarkozy envoyer promener un crétin irrespectueux (nul n'a apparemment noté que sa phrase stupide était en plus parfaitement incorrecte) constituait autre chose qu'une bien vulgaire tentative de racolage.
Ce journaliste qui existe bel et bien, appelons-le Dominique Mouton.
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18/02/2008
Maljournalisme, 2, par Jean-Pierre Tailleur

«Mais écrire sans conviction des mots vides pour pouvoir exhiber du papier couvert d’écriture, cela m’est encore impossible».
Carlo Michelstaedter, Lettre à Enrico Mreule, Épistolaire (éditions de L'Éclat, 1990), p. 187.
Rappel :
Maljournalisme, 1.
Un travail lié à une expérience personnelle
Après ce résumé du contenu de mes travaux, pourquoi, comment, d’où, voire de quel droit Bévues de presse est-il né ? Ces questions constituent une manœuvre de diversion pour beaucoup de journalistes. Elles ne leur viennent pas autant à l’esprit devant une critique de l’architecture française ou de la presse… américaine. Ceci étant, ces interrogations sont tout à fait légitimes et je me dois d’y répondre.
Mon souci de comparer les pratiques journalistiques de plusieurs pays tient probablement au bain biculturel dans lequel je suis né, argentin du côté maternel et français du côté paternel. Je suis né à Buenos Aires et ai passé l’essentiel de mon enfance dans la région de Montpellier, d’où également mon attention pour les quotidiens non parisiens, ignorés dans la plupart des critiques du journalisme. Après un cursus scolaire des plus classiques, j’ai étudié à Sup de Co Lyon, aujourd’hui appelée École de Management de Lyon, ce qui m’a facilement – et trop mécaniquement – conduit à démarrer ma carrière professionnelle dans une grande banque internationale. J’ai véritablement découvert le métier de reporter six années plus tard, le cap des 30 ans passés alors que mon employeur, la Société Générale, m’avait expatrié aux États-Unis.
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04/02/2008
Maljournalisme, 1, par Jean-Pierre Tailleur

«Puis la rhétorique «entourbillonne» tel le courant d’un fleuve grossi, dont on ne peut approcher la berge sans qu’il ne vous entraîne au cœur même de ses eaux».
Carlo Michelstaedter, La Rhétorique et la Persuasion.
Je remets en ligne, avec ce premier texte, le long témoignage de Jean-Pierre Tailleur, intitulé Maljournalisme à la française, publié par l'association culturelle de Vouillé, en Poitou-Charente. J’ai rencontré, il y a maintenant assez longtemps, Jean-Pierre Tailleur dans un bar huppé du Trocadéro où nous avons bavardé assez longuement. Il ne nous aura fallu pourtant que quelques minutes pour nous rendre compte que le mal que décrit le livre de Jean-Pierre est endémique et nullement cantonné aux médias, fûssent-ils aussi vérolés que la verge de Casanova. La même gangrène pourrit à l’évidence la littérature contemporaine, en tous les cas les tristes moignons de ces auteurs qui fréquentent davantage les salles de rédaction que le cloître intérieur du silence, sans l’expérience duquel, aussi douloureuse qu’on le souhaitera, une œuvre n’est rien de plus qu’une trace de bave sur une feuille sale (c’est le cas de le dire avec toute cette malpresse qui nous gouverne…).
Déjà d’habiles rumeurs et de judicieux indices, pour qui sait flairer les délicieux fumets de la décomposition, nous indiquent quel sera le degré de fermentation du cirque médiatico-littéraire prochain : les augures nous ont annoncé un excellent cru et, comble de l’originalité, les plus autorisés s’aventurent à conjecturer, selon l’affreux lieu commun, que la surprise pourrait bien venir de là où on ne l’attend point, peut-être même, allez savoir, la proclamation d’un puissant Veni foras provenant d’on ne sait quel puits de ténèbres, seul capable en tous les cas de faire se dresser le cadavre de la littérature française…
Je parlai d’une universelle pourriture, d’une mascarade et d’une chute médiatico-littéraire qui n’ont absolument rien à envier à leur cousine parlementaire… Quoi d’étonnant d’ailleurs puisque le langage est un, qu’il soit saint ou prostitué, vérolé sous la plume sale de Pierre Marcelle et de ses risibles clones pornographes, mangé par le prurit de la bêtise avec Sollers, Meyronnis et Haenel, royal et éminent sous celle de… De qui…? Je ne sais pas, je ne sais plus, ne me traversent l’esprit, immédiatement, que quelques noms d’hommes depuis longtemps réduits en poussière, comme si notre âge tout entier était décidément (à tout le moins le devenait de plus en plus) incapable à mes yeux de susciter une parole haute et claire ou bien comme s’il ne parvenait pas à s’oublier pour sonder l’Impénétrable, à se taire pour, selon le commandement de Heidegger habilement repris aux Pères de l’Église, écouter bruire le Verbe…
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