22/12/2007
La Route des Cendres. Sur The Road de Cormac McCarthy, par Jean-Baptiste Morizot

«Et il passera dans le pays, opprimé et affamé;
et il arrivera que lorsqu'il sera affamé, il s'irritera
il maudira son roi et son Dieu, et se tournera vers le ciel.
Puis il regardera vers la terre; et voici : angoisse, obscurité, nuit de détresse, ténèbres dissolvantes.
Car n'est-ce pas la nuit pour le pays qui est dans la détresse ?»
Isaïe, 8, 21-23.
«Then he just knelt in the ashes. He raised his face to the paling day. Are you there ? he whispered. Will I see your face at the last ? Have you a neck by which to throttle you ? Have you a heart ? Damn you eternally have you a soul ? Oh God.»
Cormac McCarthy, The Road.
et il arrivera que lorsqu'il sera affamé, il s'irritera
il maudira son roi et son Dieu, et se tournera vers le ciel.
Puis il regardera vers la terre; et voici : angoisse, obscurité, nuit de détresse, ténèbres dissolvantes.
Car n'est-ce pas la nuit pour le pays qui est dans la détresse ?»
Isaïe, 8, 21-23.
«Then he just knelt in the ashes. He raised his face to the paling day. Are you there ? he whispered. Will I see your face at the last ? Have you a neck by which to throttle you ? Have you a heart ? Damn you eternally have you a soul ? Oh God.»
Cormac McCarthy, The Road.
Rappel : les romans de Cormac McCarthy dans la Zone
Suttree.
Méridien de sang.
Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme.
Au moment même où Jean-Baptiste Morizot m'envoyait ce bel article, je recevais, de la part des éditions de l'Olivier, la traduction française (une fois de plus superbe, par les soins de François Hirsch; une fois de plus, de la part de ces éditions, voici un texte qui a été relu et nous est impeccablement présenté, cela devient rare...) du dernier roman de Cormac McCarthy, The Road.
Je viens de terminer la lecture de ce roman bouleversant, noir, désespéré, horrible, lumineux, que j'évoquerai sans doute en y tentant de déceler une parabole, dont l'évidence fait la force.
Je songeai à l'absolue simplicité, du moins en apparence puisqu'elle est en fait d'une richesse prodigieuse, shakespearienne, de la prose de ce très grand romancier qu'est McCarthy, et l'opposai aux complications inutiles, aux byzantinismes coruscants, aux jeux de mots surnuméraires et lassants, aux petits jeux graphiques qui ne sont franchement pas très originaux, aux fastidieuses disgressions d'un Gass, cet écrivain bizarre apparemment incapable, par la froideur (à moins que la traduction de Claro ne trahisse le brûlant texte original...) de son texte monstrueux, Le Tunnel, de faire fondre un flocon de neige tombé sur l'une des centaines de pages de ce livre que je ne parviens tout simplement pas à terminer, alors que La route se lit et ne peut se lire et ne doit se lire que d'une traite, les yeux dévorant les dernières traces de beauté éparpillées dans un monde détruit, l'esprit se demandant si McCarthy n'a pas véritablement jeté dans l'océan du temps, comme le marin de Poe, une bouteille de verre qui serait comme un manuel de survie à l'usage des hommes qui viendront, qui ne nous auront pas connus, qui n'auront rien vu de la beauté fragile et exultante de ce monde, le nôtre, qui nous considéreront comme des fantômes et nous maudiront pour ce que nous avons osé faire à ce monde, pour ce que nous avons osé leur faire, à eux, nos fils.
Il aura fallu attendre sept ans avant que McCarthy reprenne le chemin de l'écriture et donne une suite à Cities of the plain, dernier tome de la Trilogie des Confins dont on aurait pu craindre qu'elle ne fût son ultime travail. Puis il aura fallu patienter deux ans encore pour que No Country for Old Men traverse l'Atlantique et s'échoue sur les terres de France sous le titre pour le moins baroque de Non, ce pays n'est pas pour le vieil homme. Pourtant, malgré cette (relative) lenteur éditoriale, le lecteur francophone peut s'estimer heureux : No Country for Old Men semble bien avoir ouvert un nouveau cycle créatif dans la carrière de l'auteur texan, puisqu'en 2006, seulement un an après son dernier opus, paraissait un nouveau roman sobrement intitulé The Road et dont la traduction ne se sera cette fois pas fait attendre puisque la sortie en est prévue le 3 janvier 2008, aux éditions de l'Olivier, comme il se doit.
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19/12/2007
William Faulkner, une vie en romans d'André Bleikasten

Crédits photographiques : Joshua Lott (Reuters).
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03/11/2007
Misérable miracle

L'écriture est, définitivement, l'évidence du silence et, pour cette raison, l'ennemie irréductible de la Toile qui sans cesse bruit, s'affaire, gigote, trépigne, bavarde, se tend sans qu'il nous soit jamais donné d'observer un brusque relâchement de sa tension. Je me demande encore par quel miracle de mansuétude ou de naïve confiance (plus sûrement, d'aveuglement) dans la suprématie de l'écrit certains blogueurs, figurant parfois même parmi mes propres amis comme Dominique Autié, s'échinent à construire des passerelles entre ces deux entités qui, fondées toutes deux sur les signes, n'en sont pas moins, dans leur essence et leur intention, radicalement contraires.
Écrire un livre suppose la fermeture absolue, le silence je l'ai dit, la solitude. Écrire un texte qui sera publié sur la Toile est par définition une expérience transversale, éphémère, partielle, dont l'ouverture voire la béance est l'alpha et l'oméga. Écrire un livre implique de se retrancher, ce retranchement étant la plus certaine garantie d'une ouverture à ces lecteurs dont on ne sait rien. Écrire sur la Toile suppose l'extrême béance de la parole purement informative : son dernier paradoxe sera pourtant de se fermer à tous après quelques minutes, heures ou jours d'existence plaintive, chétive, distendue par les mailles du Réseau. Car la parole de la Toile est une de ces créatures monstrueuses et éphémères que les anciens considéraient comme des signes de quelque désordre universel. Aujourd'hui les signes abondent de cette catastrophe silencieuse, les monstres naissent et meurent en quelques secondes à peine et chacun continue à faire comme si de rien n'était.
Effectivement, sur la Toile, rien n'est, le Rien est.
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