04/04/2011

Francis Herbert Bradley et Nagarjuna : enquête sur des lieux épistémologiques communs, par Jean-Paul Rosaye

Crédits photographiques : Andrew Caballero-Reynolds (Reuters).

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08/05/2009

L'Invitation chez les Stirl de Paul Gadenne

Rodolphe Bresdin, La Maison enchantée, 1871.

Voici comment Robert de Montesquiou (in L'Inextricable Graveur, Rodolphe Bresdin, H. Floury, 1913, pp. 31-2) présente cette Maison enchantée : «Une des plus mystérieuses planches est celle que Bresdin lui-même intitulait Arcachon, du titre banal d'un lieu qui, sans doute, lui fournit le motif de cette illustration singulière. C'est, en effet, de prime abord, un vulgaire chalet de bains de mer qu'on a sous les yeux [...]. Mais cette niaiserie architectural ne fait que mieux valoir les détails qui, peu à peu, surgissent, troublants et pleins de hantise. Des tourelles s'érigent, des vitraux s'entr'ouvrent, des balcons, tels que des corbeilles, s'emplissent de femmes aux costumes orientaux et aux longs voiles. Des oiseaux voltigent dans le ciel bouclé et parmi les denses feuillages. Une grille close règne au devant de l'immeuble de rêve. Sur le premier plan, une pastourelle, sa quenouille à la main, son marmot à ses trousses, garde tout un troupeau de bêtes aumailles et de leurs chiens, d'ânes et de brebis, et tout un poulailler dispersé, jusqu'aux poussins qui viennent d'éclore. Et tout ce monde velu et emplumé, marbré des taches blanchâtres d'une énigmatique clarté qui frappe la façade du chalet comme d'une rongeuse pâleur de clair de lune, se tient aux abords de cet habitacle féérique et bourgeois, prisonnier derrière sa grille.»


Le texte suivant, dont je ne donne que les premières pages dépouillées de leur apparat critique, a été recueilli dans La Littérature à contre-nuit paru aux éditions Sulliver.

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11/09/2007

The Racing Rats

«When the time comes
You're no longer there
Fall down to my knees
Begin my nightmare
Words spill from my drunken mouth
I just can't keep them all in
I keep up with the racing rats
And do my best to win...
[...]
I push my hand up to the sky
Shade my eyes from the sun
As the dust settles around me
Suddenly nightime has begun.»
Editors, The Racing Rats.


«White bodies naked on the low damp ground
And bones cast in a little low dry garret,
Rattled by the rat’s foot only, year to year.»
T. S. Eliot, The Waste Land, III, The Fire Sermon.

«That scene, with Macbeth helpless and desperate
In his nightmare – when he meets the hags again
And sees the apparitions in the pot –
I felt at home with that one all right.»
Seamus Heaney, Keeping Going.


Je marchai avec C. dans les rues de Lyon. Pressée contre mon bras, son parfum paraissait légèrement réchauffer l'atmosphère, bizarrement glaciale en cette nuit du 11 septembre 1997. Nous approchions de la place Saint-Paul, venant d'un bar de la presqu'île où nous avions longuement discuté. Sa vie était d'une tranquillité sidérante me disait-elle, sans toutefois se plaindre. La mienne ne parvenait pas à trouver ce point d'Archimède depuis lequel, selon Kierkegaard, une volonté pouvait faire basculer le monde si elle était parvenue à l'équilibre. C. était-elle ce point miraculeux que je continue de chercher ?
Nous marchions dans la nuit, sans échanger un mot. Cette ville où j'ai vécu durant près de trente ans, comme Paris qu'elle s'efforçait depuis des lustres de grimer non sans la jalouser, n'était pas encore devenue une banale capitale provinciale depuis qu'elle affiche désormais, comme une garce pressée de plaire et sûre de ses chairs exposées, des bords de Saône festifs et socialement bigarrés. Pressant le pas et ignorant les rares promeneurs autour de nous, nous nous taisions, sachant que ces quelques minutes étaient précieuses : recueillies, elles tentaient de retenir l'essence volatile d'images incomparables. Ces minutes, nous ne le savions pas encore, étaient aussi les dernières que nous passerions ensemble, le froid mordant aiguisant leur morfil. Ainsi plongés dans nos propres souvenirs, oubliant l'instant donné et mal reçu, nous n'accordâmes aucune attention à un rat noir évitant comme si c'était de l'acide la flaque de lumière vers laquelle nous avancions, solitaires et silencieux, approchant du pont La Feuillée.
Lorsque je rentrai chez moi, quelques heures plus tard, je devais longtemps, sans parvenir à m'endormir, voir ce rat devenu énorme fureter dans l'obscurité de ma chambre, s'échappant d'une immense tour en flammes que C. me désignait d'un regard terrorisé.