16/06/2011

La critique littéraire s'est-elle réfugiée sur Internet ?

Crédits photographiques : Steve Crisp (Reuters).

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27/05/2009

In memoriam Dominique Autié

L'une des toutes dernières photographies prises par Dominique Autié.

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15/11/2008

À quoi bon ?

Photographie d'une explosion nucléaire réalisée par Harold Edgerton au moyen de sa Rapatronic.


Image 2.jpgÀ la différence de ce pseudo-Mallarmé en fer blanc qu'est François Bon, toujours heureux lorsqu'il peut nous annoncer, dans un style frisant l'apoplexie syntagmatique et puant le faux hermétisme, la dernière révolution technologique qui nous permettra de lire tout Marx sur un écran de la taille d'un ongle de petit doigt de pied, à mesure même que la Toile commence à attirer tout ce que la France compte d'éditeurs (et Dieu sait qu'elle en a !, certes, bien après les annonceurs qui, eux, ont flairé un marché immense), alors même que n'importe quelle ménagère de moins de cinquante ans ou crétin qui lit Baudelaire comme il lirait une notice d'utilisation de machine à laver, croient avoir reçu l'autorisation (et s'en font même quelque comique devoir) d'écrire leurs bluettes, estimant en outre que la critique littéraire (la vraie) n'y est absolument pas honorée par deux de ses plus emblématiques journalistes virtuels, Pierre Assouline et Didier Jacob, tandis que clabaude sans relâche la nappe grouillante des éphémères anonymes, que fermente la pâte putride des pseudonymes, je trouve de moins en moins d'intérêt et de plaisir à arpenter la Zone, riche pourtant de centaines de notes, d'auteurs et de rédacteurs. Les nains s'offusquent toujours que mes commentaires soient fermés. Ils le sont... presque systématiquement, parce que je ne veux pas ajouter du bruit au bruit et que j'ai toujours eu pour politique de mettre en ligne des textes intelligents et argumentés, qu'importe même qu'ils soient à quelques bonnes années-lumière de mes propres opinions (ici, un texte de Jean-François Foulon répondant à Pierre Damiens. Je pourrais multiplier les exemples de cette pluralité de voix dans la Zone. Je me contente de rappeler la grande série polyphonique intitulée Bellum Civile).
Cette lassitude, et, de plus en plus souvent hélas, ce dégoût, ne sont point des sentiments véritablement nouveaux puisque je m'en étais entretenu avec le regretté Dominique Autié, déjà disparu dans le perpétuel bruit de fond virtuel (dans ma réponse à son propre texte), Dominique, ce humble véritable qui estimait au contraire que l'espace virtuel de l'Internet était une chance (elle l'est, mais cette chance, comme toute manifestation destinale, est aussi ambiguë que dangereuse) pour une multitude de voix que les médias traditionnels ignoraient, parfois moquaient.
Je doute que la virtualité, cet universel reportage fonctionnant bien trop souvent à vide, soit absolument la dernière chance donnée à la littérature de se faire lire, entendre, écouter, admirer, commenter.
Et, si décidément elle l'était, cela signifierait que nous avons décidément perdu toute force, tout sentiment de la présence réelle, toute pesanteur et, peut-être, toute grâce avant d'être finalement dévorés par cette bulle qui ne cesse de grossir à la vitesse du bavardage.

20/06/2008

Un peu de langue pour prier : réponse à Dominique Autié


«Oreilles closes, j'entends au-delà du déferlement des mots la muette mise à mort du Verbe.»
Armand Robin, La Fausse parole.

«Il y a des gens qui font la critique de l’Himalaya caillou par caillou. L’Etna flamboie et bave, jette dehors sa lueur, sa colère, sa lave et sa cendre; ils prennent un trébuchet, et pèsent cette cendre pincée par pincée [...].»
Victor Hugo, William Shakespeare.


Au commencement de ce dialogue :
Toile infra-verbale.
Un peu de langue pour prier, réponse de Dominique Autié, auquel le texte ci-dessous fait, donc, suite...

Voici une ancienne note, réponse parfois gentiment amusée (j'ai ainsi conservé l'illustration d'origine) à un beau texte (comme presque toutes les fois qu'il publie sur son blog, l'habitude est désormais prise, exaltante pour ses lecteurs...) de Dominique Autié.
Je ne l'ai bien sûr absolument pas modifiée, y compris dans un passage qui pourra se révéler désagréable à l'égard d'Alina Reyes, que je n'ai guère ménagée dans la Zone. Qu'elle ne me tienne donc point rigueur, si elle me lit, de ces vieilles phrases.
Reste que par son sujet, ce texte peut sans nul doute servir de base de réflexion véritable (et non point superficielle) à la question qui semble faire frémir tous les journalistes de France à peu près normalement constitués, à savoir, le phénomène des blogs, singulièrement celui des blogs dits littéraires.
À tout le moins, ce texte prolongera fort aisément l'article hélas parfaitement insignifiant et plus que vague (mais, comme ils disent, sympathique) d'Anthony Palou récemment paru dans Le Figaro Magazine, qui n'évoque la Zone que par le petit bout de la lorgnette.

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07/06/2008

Pour saluer Dominique Autié : l'art de Lascaux, Altamira et Vilhonneur

Crédits photographiques : Kyodo (Reuters).

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02/06/2008

Les nœuds de paille, par Dominique Autié

medium_lkl.jpg


Remise en une d'un texte que Dominique Autié m'avait adressé au début du mois de mars 2005.

Voici le texte que Dominique Autié a eu la gentillesse de m'envoyer.
Fidèle à sa façon d'écrire (dois-je préciser qu'elle est éminemment réfléchie ?), il m'a fait parvenir une lettre ayant trait à la fonction de nos blogs. Les peintures illustrant ce texte (La chute de Thèbes) sont aimablement reproduites avec l'autorisation de Karim-Louis Lambatten, que je remercie.

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01/06/2008

Jünger le subtil, par Dominique Autié (Infréquentables, 1)

Julie Jacobson (AP Photo).


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31/05/2008

Oraisons charnelles de Marcel Moreau

Crédits photographiques : Marcelo del Pozo (Reuters).

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28/04/2008

Maudit soit Andreas Werckmeister ! : toutes premières réactions

Jean-Pierre Velly, Enfin, 1973
Jean-Pierre Velly, Enfin, 1973 (eau-forte et burin sur cuivre).


Un auteur qui n'a pas été publié par un éditeur se trouve à peu près dans un état voisin de celui du pucelage : peu ou beaucoup de théorie, aucune pratique (ou si peu, ou finalement si triste, solitaire).
Voilà ce que je répétais encore à Pierre Cormary, durant une soirée fort arrosée chez une amie commune. Cormary, fidèle à sa complexion, se déclarait, devant des convives pour le moins sceptiques (leur scepticisme cependant atténué par leur plus ou moins grande ivresse), très fier d'être, dans ce cas, un puceau.
Je crois même, mais mes souvenirs de cette soirée sont confus, qu'il m'affirma ne vouloir absolument pas perdre son pucelage.
Un auteur publié qui n'a pas encore essuyé le feu de la critique comme l'écrivent les journalistes n'est, à son tour, pas grand-chose de plus qu'un béjaune, disons un gars de l'infanterie qui, en guise de blessures, n'a rien vu de plus que celles de ses amis revenus du front. C'est déjà cela.
Ce n'est pourtant pas grand-chose.
Voici donc les toutes premières appréciations concernant, comme le remarque Olivier Noël, cet étrange livre en effet qu'est Maudit soit Andreas Werckmeister ! : en attendant un billet de Dominique Autié sur son blog, un article de Rémi Soulié à paraître en revue, en pouvant lire, d'ores et déjà, le texte sans concessions (tant mieux) de Noël, qui n'a pas vraiment relevé la dimension religieuse de mon livre (ce qui est normal, chez lui) et s'imagine (ce qui est plus étonnant) que je ne parle que de métaphores lorsque j'évoque le mécanisme de certains romans, voici le commentaire de Carmen Muñoz Hurtado (intitulé ¡ Bendito sea Andreas Vesalius !), que je reproduis ci-dessous puisqu'elle me l'a envoyé par courriel.

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16/01/2008

La vérité sur le cas de M. Gracq

Adam Fuss, Sans titre, 2002
Photographie : Adam Fuss, Sans titre, 2002.


Après un vivant s'adressant aux morts plus vivants que nous, Guy Dupré, il était naturel que j'évoque un mort qui ne s'est jamais vraiment adressé aux vivants et qui peut-être même, à présent qu'il nous a quittés, ne s'intéresse pas aux morts qui l'entourent et le pressent de questions. La France est-elle encore vivante ?, lui demandent-ils. Ses veines sont-elles encore bien pleines d'un sang qu'eux, les morts, ont versé d'abondance ? Le fantôme de Gracq se contente de lever le sourcil, sans doute agacé par le peu de politesse propre aux façons des morts : la France est belle est bien morte, voilà la réponse de notre romancier crépusculaire, ou tout du moins elle paraît telle aux yeux de n'importe quel oscultateur peu scrupuleux et surtout ignorant des pratiques magiques. Ceci dit... Je crois plutôt qu'elle est très profondément endormie continue-t-il, par l'influence de quelque charme noir. Pour bercer son sommeil, moi, Julien Gracq, j'ai ainsi filé la corde paralysante d'histoires qui jamais ne la réveilleront de sa longue torpeur. J'ai réduit son immense empan à la surface bicolore d'un mouchoir de soie mouchant de très délicates narines. N'ayez crainte, ajoute le mage à l'adresse des pâles silhouettes, je ne vois pas de sorcier vivant assez puissant pour rompre ce charme. D'ailleurs, voyez Dupré, meilleur prosateur que je ne le suis, et surtout romancier qui n'est pas paralysé comme je l'ai toujours été, paraît encore, inexplicablement, m'accorder quelque crédit.
Pauvres morts. Je ne sais si ces derniers ont dignement accueilli celui qui les a rejoints voici quelques jours : ils ont après tout peu de temps à consacrer à ce patient exemplaire qu'est Gracq et leurs affaires sont de toute façon suffisamment importantes pour que la perspective de jouer les cicérones auprès d'un Dante de carton-pâte qui aurait mal appris la leçon de la philosophie hégélienne les enchante beaucoup. Ils s'en retournent donc, déçus de constater que ce nouveau mort n'a pas beaucoup plus de force qu'un demi-vivant, que le vivant économe qu'il a toujours été. Ils le rejettent : ce mort n'est pas mort, il va, comme Valdemar, nous apprendre quelque horrible vérité sur le royaume plaintif. Les morts demandent à Julien Gracq, en attendant d'être mort, de rester un vivant mais Gracq n'en a cure : il lui faut écrire ce qu'il a vu, et l'écrire à la façon des fantômes. De ce rejet sont nés les ouvrages d'imagination de Julien Gracq.

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