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28/09/2006

L'origine d'un monde, par Matthieu Jung



Après son texte sur Option Paradis (La Grande intrigue, I) de François Taillandier, voici un nouvel article de Matthieu Jung consacré à Telling, le deuxième volume (qui doit en compter cinq au total) de cette vaste fresque romanesque.

«Il a compris que dans ce monde-là venaient mourir tous les mondes, tous les passés, tous les arrières-pays».

medium_taillandier_telling.jpgLa scène se passe en Irlande, à Dublin, dans les locaux d’une entreprise américaine, presque hégémonique dans le secteur des moteurs de recherche sur la Toile. On pénètre sur le plateau de recrutement, où une cinquantaine de personnes, de toutes nationalités (on parle ici une vingtaine de langues), les yeux rivés à leur écran plat, sélectionnent les cadres qui rejoindront la firme dans les prochaines mois. «C’est jeune, c’est sympa» précise la chef d’équipe française qui fait visiter les lieux à une équipe d’Envoyé Spécial. Elle désigne une bannière irlandaise pendue au mur et un panneau signalétique «Dublin» accroché au-dessous.
«Drapeau irlandais, Dublin, pour pas oublier où on est», explique la jeune femme.
Pour pas oublier où on est.
Bienvenue dans World V.
World V, le monde où l’on oublie où on est.
World V, le monde où, pour la première depuis l’invention de la cartographie, on n’est nulle part. World V, ainsi définit par Charlemagne, un savant professeur de littérature du roman de François Taillandier : «Tous les pays, tous les mondes, toutes les cultures allaient venir se fondre dans World V comme les fleuves dans l’océan. Qu’ils le veuillent ou non, les Terriens allaient s’engouffrer à six ou sept milliards dans l’immense et unique ouverture de WORLD V».
Le journaliste poursuit en voix off :
«Pour attirer tous ces étrangers, Google offre à ses salariés des conditions de travail étonnantes. Des salles de jeux, des friandises et des boissons à volonté, une cantine gratuite.»
De fait, ces «kids définitifs» (comme les appelle Houellebecq dans La Possibilité d’une île), échappés des Poupées russes de Klapish, paraissent heureux pendant leur pause baby-foot.
On en conviendra, World V fait rêver. Ailleurs, Taillandier l’a nommé «planétarisation techno-marchande».
Jour après jour, une simple observation objective de la réalité confirme l’intuition de Charlemagne. World V est le monde où les «seniors» européens insatisfaits de retraites qu’ils estiment trop chiches s’exilent à Essaouira ou Marrakech pour couler de vieux jours dorés; où, après avoir investi la Dordogne, des anglais émigrent en Ariège où ils retapent des bergeries abandonnées pour les transformer en résidences secondaires ; où des travailleurs chinois corvéables à merci débarquent massivement au Gabon au prétexte qu’un «chinois fait le travail de trois Africains» comme l’expliquait récemment Liang, responsable technique de chantiers, au journal Libération. Et d’ajouter : «En plus le travail est mieux fait», précision qui lui vaudrait sous nos cieux une comparution au tribunal pour incitation à la haine raciale.
Toutefois, le destin de l’humanité n’inquiète pas Charlemagne autant qu’il le prétend. Une évidence autrement abominable le tourmente : sexuellement, il a fait son temps. Nonobstant son altière stature intellectuelle, il n’aura plus « la beauté des jeunes filles ». Pour ce quinquagénaire, le supplice commence puisque, à 83 ans, Albert Cohen notait encore dans ses Carnets : «L’autre jour dans la rue, j’ai regardé les déchirantes belles formes d’une nymphe aux tresses blondes, nymphe affreusement vivante, injustement vivante».
Ainsi Taillandier oscille-t-il sans cesse du théorique au concret. On poursuit au fil des onze chapitres de Telling les aventures des familles Herdouin-Rubien, telles qu’elles se sont déroulées depuis 1955.
«L’obsession, la priorité de tout le monde aujourd’hui, mais… c’est le bien-être» affirme pertinemment ces jours-ci Fabrice Luchini dans une réclame radiophonique pour la SNCF. Il faut toujours écouter les publicitaires. Comme Patrick Le Lay, ils nous renseignent avec une vulgarité tranquille sur l’état réel de notre société. Alexandra, la fille de Louise Herdouin – renommée Alexa depuis son retour de la «communauté des croyants» à Haïfa – annonce à son copain Daniel qu’elle va quitter la France, dégoûtée par cette recherche monomaniaque du confort. Là-dessus, elle lève la tête de son café et découvre sur un écran de télévision deux Boeing en train de percuter les Twin Towers.
Sa mère arrive avec son architecte de cousin Nicolas Rubien à ce stade de leur liaison amoureuse où les revendications personnelles émergent comme du chiendent, une fois dissipées les ivresses de la chair. Banal, mais agaçant.
Nicolas Rubien parade pendant les vernissages qu’il organise à son atelier. Concomitamment, d’un point de vue qu’il ne soupçonne pas, sa femme de ménage africaine l’observe, pressée de regagner ses pénates à Montreuil. Elle les méprise, lui et ses invités, non parce qu’elle nettoie leurs saletés, mais parce qu’ils ont «foutu Jésus à la benne», ce qu’elle considère comme le plus inexpiable des péchés. Ils réussiraient à la faire douter, elle aussi, avec leur nihilisme en granit.
L’ex-belle mère de Nicolas Rubien veut rester en phase avec son époque. Elle crée un site Web pour raconter les événements de sa grande famille mais un hacker ruine le projet en truffant d’insanités les textes de la grand-mère. On jubile, bien sûr.
En 1980, la grande sœur de Nicolas entame une analyse : le début du voyage au bout de l’enfer pour ses parents qu’elle accable de griefs et de reproches.
Puis l’auteur enchaîne avec des considérations historiques sur le français et son évolution par rapport au mourske. La langue mourske n’existe pas mais Taillandier l’a inventée. Il a le droit, puisqu’il est l’auteur du roman. Il a aussi inventé «telling», «récit propre à donner un sens et une valeur aux actes, aux comportements, aux processus de la vie», ce qui survient après la fin des dogmes et des vérités d’évidence. Taillandier affirme dans ce chapitre que la France est une idée, et rien d’autre qu’une idée. Mais alors, en quoi des pays comme l’Algérie ou le Mali sont-ils autre chose que des idées ? Ces derniers temps, de trop nombreux crétins pensent surtout que la France est une mauvaise idée, alors qu’elle en est au contraire une excellente.
Dans Telling, on trouve aussi Athanase, un enfant africain qui deviendra plus tard un écrivain; un mariage provincial au milieu des années cinquante, dans une ambiance à la Simenon, où le paterfamilias Raymond Herdouin explore les labyrinthes inextricables de la frustration sexuelle; un pendu dont on ignore s’il s’est suicidé ou si sa séance sado-maso devant un film X a mal tourné, paumé parvenu au terminus sordide de la libération sexuelle.
L’art de Taillandier consiste ainsi à révéler les impasses de World V, en même temps que son irrépressible attrait. Qui d’entre nous voudrait donc encore de l’ancien monde, où «rien d’autre n’était envisageable que de prendre place dans la suite des générations, et de continuer ce qu’avaient voulu les pères, les ancêtres» ?
Alors inexorablement World V s’étend, gagne du terrain. Tout se tient dans ce monde-là. World V ne souffre pas d’incohérence, à tel point que Taillandier postule, à la base de cet avènement, un principe unificateur. Une grande intrigue, qu’il tâche de percer à jour. Marcel recherchait le temps perdu, inlassablement Taillandier fouille les pages Web, les ruines du passé et «les fonds de placard tapissés de vieux journaux» pour y dénicher un maximum d’indices concordants. Une fois glané ces matériaux, il les fond dans la langue française pour leur donner une forme. Comme l’artisan qui porte son nom, Taillandier se lève de bonne heure chaque matin pour aiguiser sa phrase qui nous fend le cœur.
En 2010, quand les cinq romans de La grande intrigue seront terminés, il passera à autre chose. En attendant, l’élucidation du mystère constitue sa raison d’écrire, donc de vivre.
Son ambition esthétique, sa quête intime.
Son telling.

18/09/2006

Maurice G. Dantec est dans la Zone

Crédits photographiques : David L Ryan (Globe Staff).

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17/09/2006

Le Passé défini de Jean Cocteau est notre présent

Indiens musulmans du Cachemire adressant leur cordial salut à Benoît XVI, photographie de Sajjad Hussain


«L'empereur expose ensuite minutieusement les raisons pour lesquelles il est absurde de diffuser la foi par la violence. Une telle violence est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme. "Dieu n'aime pas le sang – dit-il –, ne pas agir selon la raison […] est contraire à la nature de Dieu. La foi est le fruit de l'âme et non du corps. Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi, doit être capable de bien parler et de raisonner correctement et non d'user de la violence et de la menace… Pour convaincre une âme raisonnable on n'a besoin ni bras, ni d'armes, ni non plus d'un quelconque moyen par lequel on peut menacer quelqu'un de mort…".»
Extrait du discours de Benoît XVI à l'Université de Ratisbonne (traduction de Sophie Gherardi).


Illustrant l'idée selon laquelle quelques lignes peuvent sauver un livre de la banalité (doublée, dans le cas de l'auteur qui nous occupe, d'une extraordinaire prétention, distillée dans chaque ligne ou presque de ce tome V, à paraître, de son Journal, et d'une très comique croyance aux petits hommes verts...), j'ai noté ce passage (pp. 251-2) que Cocteau écrivit durant les tout derniers mois de l'année 1956 et qui me semble merveilleusement pouvoir s'appliquer à notre époque. Époque du triomphe de l'almanachvermotisme (la trouvaille est de Cocteau) où un pape est contraint de présenter ses regrets et sans doute, d'ici peu, ses plus plates excuses parce qu'il a établi un lien, pourtant évident, que chaque incendie d'église, chaque meurtre d'innocent (bien souvent, les premières victimes sont elles-mêmes musulmanes), chaque insulte jetée à l'un de ces croisés détestés, chaque torture de juif, chaque suicide meurtrier d'un barbu répandant ses tripes dans les airs où les recueilleront avec ravissement les houris promises, chaque assassinat, d'une lâcheté inouië, de moine ou de religieuse, consacre un peu plus, comme s'ii s'agissait d'un sacrement à rebours, entre la haine, la violence et l'islam. Je dis bien : l'islam, et non l'islamisme puisque l'un et l'autre, à mes yeux, ne sont in fine qu'une seule et même réalité; l'islam, s'il veut se débarrasser de son jumeau d'ombre, devra exercer, sur tous ses territoires, y compris les moins explorés, l'empire d'une raison qui ne tolérera aucune borne à son pouvoir. La belle tradition de la lectio divina chrétienne, elle, a déjà, depuis des siècles et continue de le faire, mené à bien cette patiente exploration. Cocteau donc, écrivant ces quelques lignes troublantes : «On se demande quelle religion profonde, quelle idéologie l’Europe peut opposer à la guerre sainte de la Ligue arabe ? Le voilà bien le crime bourgeois, le règne du médiocre, du veau d’or, lequel après avoir guillotiné les aristocrates, fit du peuple sa dupe. Le XIXe siècle a cru que la rue Laffitte et les banques représentaient le pouvoir suprême. L’Amérique sera la première à se mordre les pouces, à se rendre compte que l’argent ne peut rien contre la passion religieuse et l’idéologie, fût-elle communiste (je souligne)»
Un seul passage, vraiment ? Non, il me faut tout de même, à l'égard de Cocteau comme, récemment, pour les lettres érotiques d'Apollinaire à Madeleine, tenter d'être juste. Je reproduis ainsi cet autre extrait (p. 321), datant du 11 novembre 1956, où l'auteur de L'Aigle à deux têtes écrit : «Si nous sommes un jour occupés par les Russes, les communistes français extermineront leurs compatriotes. Ensuite les Russes extermineront les communistes français. En fin de compte si l’Amérique délivre la France, les survivants seront jugés et condamnés comme collaborateurs.»

La plus exquise légèreté littéraire, compliquée par les inutiles tourments de la difficulté d'être, témoigne plus souvent qu'on ne le croit de telles fulgurances.

16/09/2006

Le Front de Guillaume Apollinaire


Otto Dix, dessin extrait de Der Krieg, 1924.


«En réalité, aucun écrivain ne pourra dire la simple horreur, la mystérieuse vie de la tranchée.»
Guillaume Apollinaire, Lettre à Madeleine du 2 décembre 1915.


medium_A33949.jpgC'est bien sottement que Laurence Campa, chargée de nous présenter les lettres (rééditées par Gallimard en collection Folio) de Guillaume Apollinaire à Madeleine Pagès, avoue ne pas vraiment comprendre les mystérieuses raisons qui ont poussé le poète à rompre avec la femme qui, aperçue une seule fois dans un train le 2 janvier 1915 (sa maîtresse Louise de Coligny-Châtillon, dite Lou, le raccompagna sur le quai de la gare, les deux femmes se virent donc), allait devenir sa fiancée mais aussi celle à laquelle il enverrait des centaines de lettres. Certes, cette rupture a tout lieu de nous déconcerter, qui intervient après des milliers de mots d'amour (et d'autres beaucoup plus explicitement érotiques puis sexuels, le poète initiant sa promise aux joies de la chair dont elle ne savait alors rien) et aussi après que les deux amants ont pu se retrouver (en décembre 1915, dans la demeure oranaise de sa future belle-famille), pour la première fois après tant de mois de séparation. Par quel prodige de cécité Laurence Campa n'a-t-elle donc point vu qu'Apollinaire avait été profondément bouleversé par son expérience du Front, qui lui vaudra d'ailleurs sa célèbre blessure à la tête et, peut-être, quelque aperçu monstrueux de cette «dimension démoniaque de la vie humaine» évoquée par Jan Patočka dans ses crépusculaires Essais hérétiques ? C'est justement après cette blessure que le poète, ne désirant pas même que Madeleine vienne le voir dans sa chambre d'hôpital, cessera de correspondre avec celle qu'il initia, impudiquement (pour nous lecteurs d'une correspondance et de poèmes bien souvent secrets) aux mystères voluptueux de la Neuvième porte... C'est à la même époque que le poète avouera à celle qui était encore sa fiancée : «Je ne suis plus ce que j’étais à aucun point de vue et si je m’écoutais je me ferais prêtre ou religieux.»
Guillaume Apollinaire, apparemment, n'a point écouté cette voix mais, avant de mourir le 9 novembre 1918, il a eu tout de même le temps d'épouser une autre femme que Madeleine qui ne parviendra jamais vraiment à l'oublier, Jacqueline Kolb, surnommée la jolie rousse.
Et cette plongée dans l'intimité d'un écrivain me fait me souvenir, avec un très grand plaisir, des quelques heures passées hier soir en compagnie de Maurice G. Dantec, David Kersan, Olivier Noël et de quelques autres amis dans le bar d'un grand hôtel parisien où nous avons pu commenter la très belle prestation télévisuelle d'Amélie Nothomb et rire de celle, lamentable, d'un Guillaume Durand qui, en guise de commentaire averti sur Grande Jonction, roman qu'il est censé avoir lu, commença, piquant du nez sur sa fiche de non-lecture, d'énumérer la liste des personnages du livre.

12/09/2006

Sur des illusions perdues... et sur des illusions à entretenir !, par Francis Moury

Eugène Delacroix, Scènes des massacres de Scio, 1824


«Quelques personnes s’imaginent que la loi du talion incarne purement et simplement la justice; les Pythagoriciens l’ont affirmé. Car, tout uniment, ils définissaient le juste : ce qu’on fait subir à autrui, après l’avoir subi de lui. Mais cette loi du talion ne s’accorde ni avec la justice distributive ni avec la justice corrective quoique l’on veuille invoquer ici la justice de Rhadamanthe : Quand on subit le tort qu’on a fait, c’est pure justice.
Souvent pareille attitude est en désaccord avec le droit : par exemple, si un magistrat vous frappe, vous ne devez pas lui rendre des coups; par ailleurs, qu’une personne frappe un magistrat, elle mérite de recevoir, je ne dis pas seulement des coups, mais encore une punition supplémentaire. Ajoutons qu’il faut faire une grande différence entre la faute volontaire et involontaire. […] Mais, dans les relations et les échanges, ce droit de réciprocité maintient la société civile en se basant sur la proportion et non sur l’égalité. Cette réciprocité entre les rapports fait subsister la cité.»
Aristote, Éthique à Nicomaque, livre V, §5, texte, traduction, préface et notes de Jean Voilquin(éd. Garnier frères, coll. Classiques Garnier, 1940), pp. 215-6.

«Elle adorait Lord Byron, Jean-Jacques Rousseau, toutes les existences poétiques et dramatiques. Elle avait des larmes pour tous les malheurs et des fanfares pour toutes les victoires. Elle sympathisait avec Napoléon vaincu, elle sympathisait avec Méhémet Ali massacrant les tyrans de l’Égypte. Enfin elle revêtait les gens de génie d’une auréole, et croyait qu’ils vivaient de parfums et de lumière. A beaucoup de personnes, elle paraissait une folle, dont la folie était sans danger; mais, certes, à quelque perspicace observateur, ces choses eussent semblé les débris d’un magnifique amour écroulé aussitôt que bâti, les restes d’une Jérusalem céleste, enfin l’amour sans l’amant. Et c’était vrai.»
Honoré de Balzac, Illusions perdues (éd. Gallimard, coll. Le Livre de poche classique avec préface de Michel Déon, 1962-1968), pp. 48-50.

«Quelles révolutions ? Celles qui bouleversèrent le monde occidental entre 1770 environ, et 1850. Nous avons montré ailleurs qu’à notre avis la Révolution française ne pouvait être isolée d’un vaste mouvement révolutionnaire qui commença dans les colonies anglaises d’Amérique vers 1770 et ne termina son cycle qu’après les troubles européens de 1848-1849. […] Le mouvement […] n’est qu’un des anneaux d’une vaste chaîne qui a déroulé ses anneaux pendant quatre-vingts ans et fait passer l’Occident du système féodal (plus ou moins dégradé) au régime capitaliste. […] C’est, en effet, de 1780 à 1799 que la Révolution a été la plus violente, et la plus riche en conséquences […] et c’est de 1792 à 1796, qu’en France aussi, elle a formulé les théories les plus audacieuses et tenté la construction d’un régime démocratique et socialisant qui fut éphémère, sans doute, mais marque une intéressante anticipation sur les révolutions prolétariennes du XXe siècle […].»
Jacques Godechot, La Pensée révolutionnaire 1780-1799 (éd. Armand Colin, coll. U, série Idées politiques, seconde éd. revue 1964-1969), pp. 7-8.


Illusions de qui ?
De certains aînés et de ceux qui, par paresse, persistent encore aujourd’hui à penser comme eux ! Et de ceux de nos contemporains qui ne pensent pas mais sont menés par des télévisions, des sectes, des hommes politiques ou des médiateurs qui vendent et formatent tout à leur image : principe d’activité démoniaque dans son essence même d’abord par le plaisir narcissique qu’il procure. Mais pas celles d’Aristote ou Balzac !
Concernant quoi ?
Divers événements du monde d’hier et du monde d’aujourd’hui : ce monde qui est le nôtre autant que le leur mais qu’ils n’ont su ni organiser ni penser… parce qu’il n’est peut-être ni organisable ni pensable ! Les Révolutions prolétariennes de Godechot ont bon dos, vraiment : de la Terreur au Rideau de fer, du Rideau déchiré à Pol Pot, de la Corée du Nord à Castro, on peut dire qu’on aura vraiment bu la coupe jusqu’à la lie.
Organiser sans coercition paraît d’ailleurs difficile mais pas impossible en Europe et l’intellectuel peut jouer un rôle dans une telle «coercition mentale», coercition qui constituerait la première étape d’une restauration proprement occidentale donc rationnelle. «Une de plus…» pensera le lecteur cultivé et… il aura raison ! Au fond, la situation dans laquelle nous sommes évoque celle dans laquelle se trouvait Auguste Comte en 1822, date du premier opuscule majeur du maître. Nos priorités ne sont pas les siennes. Chasser des cercles du pouvoir les nouveaux sophistes que sont les diplomates et les économistes : ce serait la première tâche du véritable politique. Se méfier des anciens intellectuels de la période 1950-2000 : seconde nécessité non moins impérieuse. Revenir aux sources de la pensée française antérieure à 1939 tout en sachant y intégrer les éléments positifs tout de même éparpillés au milieu des décombres de 1950-2000 : troisième nécessité qui exige du sang-froid. Après les décombres matériels, nous avons affaire aux décombres intellectuels. Mais n’est-ce pas une chaîne sans fin, les uns engendrant automatiquement les autres ? Le mythe de l’éternel retour de Nietzsche se confond probablement ici avec l’admirable «loi d'oscillation de la pensée» découverte par Cazamian au sein de l’histoire de la littérature anglaise, concept adopté ensuite par Bréhier pour expliquer celle de la philosophie occidentale. Ce concept existe : il fonctionne admirablement.
Revenons en mai dernier : en promenade au long de la plus belle plage thaïlandaise de Pattaya, face à une mer couleur d’acier, balayée par un vent violent annonciateur sans équivoque d’une mousson précoce et régénératrice, un titre du Monde diplomatique présenté dans une librairie internationale bien achalandée, attire notre regard. «Intellectuels médiatiques, penseurs de l’ombre : guerre des idées». Plus tard, repassant devant, n’y tenant plus, on se fendit de nos 230 Bath. On lit d’abord Ignacio Ramonet se plaindre du silence des intellectuels, face à la lutte des «C.P.F.» contre le «C.P.E.». Il regrette que Derrida, Bourdieu ou Castoriadis soient morts avant d’avoir pu nous livrer leur interprétation sociale du phénomène, qui n’aurait pas manqué d’être lumineuse. Faute de grive on mange des merles : Jacques Bouveresse se plaint (p. 29) de certains «commentaires déshonorants [sur] la crise des banlieues» tandis qu’on reproche aux auteurs «néo-réactionnaires» desdits commentaires leur silence sur la noble conscience sociale des «C.P.F.» face à la fourberie du capital. Il nous reproche aussi, ce spécialiste de Wittgenstein, de ne pas dire franchement qu’on «souhaiterait voir la démocratie remplacée par un autre système». Vraiment, on nous prête de ces idées… un autre système ? Mais lequel, cher ami ? On n’est ni théocrate ni royaliste ni communiste pourtant. Une aristocratie nous plairait bien, comme à Ernest Renan cité malhonnêtement par Bouveresse qui vise au-delà de Renan tout autre chose et même si on entendait «aristocratie intellectuelle» puisque Rome et Athènes sont loin de nous tout de même, et même si Nietzsche… bref… soyons sages ! Et c’est justement ce que prétend obtenir la démocratie française : non pas la sagesse mais une aristocratie intellectuelle sélectionnée par concours et qui gouverne, de facto. Le malheur, c’est que les démocrates en général et les intellectuels de gauche en particulier qui ont gouverné la France nous ont légué un cadeau certes ravissant mais souvent empoisonné. Si on mange le fruit, on tombe à coup sûr malade. La preuve par les faits : trois mois d’état d’urgence tout de même. Jacques Bouveresse ou «la Parole malheureuse» décidément. Toute maladie n’est cependant pas mortelle et une nation n’est pas si fragile qu’un individu, fût-il enseignant au Collège de France.
Alors quoi ? Par quel remède commencer ? Mais contre quelle maladie déterminée ? C’est tout le problème que nous devons résoudre. Et il nous lasse car il est finalement sans intérêt : seul un spécialiste de la parole malheureuse comme Bouveresse pouvait ne pas le savoir. Ses contemporains gauchistes nous ont légué un monde ultra-capitaliste qui a ses bons côtés : les minorités sexuelles sont enfin mieux respectées (tant mieux : le contraire est une preuve de barbarie qui ne trompe jamais et les minorités sont souvent bien plus intéressantes que les majorités); les droits de succession diminuent (tant mieux : pourquoi un homme devrait-il payer des impôts toute sa vie puis en payer encore après sa mort ? Pourquoi l’État français vole-t-il des générations entières de familles depuis des siècles ?); la cinéphilie la plus raffinée est accessible sous forme «dvdphylique» au novice qui croira tout savoir de Fritz Lang grâce à des «suppléments», les musées sont à la portée de tous ceux qui peuvent prétendre vouloir se les payer; Internet met la culture du monde entier à notre portée. Pourtant tout n’y est pas rose. La pauvreté sévit, l’injustice règne, la corruption s’aggrave, et l’intellectuel indépendant – matrice authentique et militante de tous les progrès réels – y meurt souvent de faim exactement comme certains héros des Illusions perdues de Balzac, contemporain direct de Comte. Oui, tel est le «Paradis sur Terre des intellectuels précaires» selon le terme inquiétant qui donne son titre au remarquable article de Mona Chollet, qui résume en somme La Tyrannie de la réalité (éd. Gallimard, 2006). Certains intellectuels cités ne sont pas tout à fait ceux auxquels on s’attendait. Certains privilégient la contre-culture mais la contre-culture n’est-elle pas – déjà et malgré qu’ils en eussent, ses créateurs d’alors ! – devenue de la culture ? Lorsque la télévision nous montre un romancier ou un poète dont les revenus sont assurés, c’est en Chine qu’il se trouve… entretenu par un régime intelligent, «capitaliste militaire» très efficace qui est tout sauf une démocratie. Ironie de l’histoire : en permanence elle nous fait des clins d’œil. Il faut les savourer car ils sont souvent révélateurs. Vous dites que la France est la patrie des intellectuels ? «They say it’s not» (en mandarin dans le texte).
L’économie a toujours été l’art des voleurs de voler les pauvres légalement : c’est le principe du commerce et du bénéfice, de la banque et de l’usure. Notons en passant que cette dernière est, telle quelle, interdite par l’Église catholique comme par le Coran - avec qui nous avons bien des points communs concernant la justice sociale – mais qui prospère sur nos écrans publicitaires à la télévision, à la radio, sur nos murs parisiens. Qu’on ne nous demande pas de bénir les mouvements induits par les errements économiques : ce sont des contingences indignes qu’on leur consacre une heure de peine ! Ces mouvements existent depuis que l’homme est sur terre : le prix du pain augmente et défait les tyrans, crée les révolutions. Bien. Tant mieux… ou tant pis. Le C.P.E. est une ignominie entre les mains d’un patron peu scrupuleux, une chance entre les mains d’un patron honnête et moral. Que dire de plus ?
« – Francis, have you seen last night on TV ? Chirac has lost !» nous disait à Bangkok, en riant, un Américain bien sympathique : paraplégique, marié deux fois mais divorcé deux fois, vivant à Phoenix (la ville où débute, comme chaque cinéphile le sait, le Psycho [Psychose] d’Hitchcock !) et contempteur de la N.R.A. alors qu’il détenait quelques Colt et autres Ruger en toute légalité à son domicile ! «Yes I know… but it’s not important», fut ma réponse. Et c’était vrai : ce n’est pas important. On se préoccupe de choses plus importantes entre gens bien nés. Ses souvenirs concernant le fusil «Garand M1» m’intéressaient davantage : ils témoignaient d’une réalité intangible et authentique.
La diplomatie, cet «art de nager en tenant sa tête au-dessus du fleuve des événements […] question de légèreté spécifique» (Balzac encore, op. cit. supra) prétend régler la question proche-orientale en pesant l’évolution des rapports de forces. Et en prévoyant l’intérêt particulier et général des protagonistes et de leur entourage. C’est le sophisme de l’économie transposée en politique : faire passer un art imparfait pour une science, faire passer une contingence pour une loi. La France est la marraine du Liban : elle découvre que les titres de propriété libanais des Fermes litigieuses d’un coin du Liban sont parfois ornés de cachets français. Elle a la mémoire courte. Et l’Italie enverrait davantage de soldats que nous : quelle honte pour nous ! L’attaque israélienne aurait dû provoquer une riposte française si la France faisait honneur à ses traditions… d’honneur. L’affaire «Sentier 2» a récemment traité du vol de sommes colossales détournées de Paris vers Israël : est-ce qu’un économiste aurait pu prévoir ces escroqueries que la France aura bien du mal à punir – donc à se faire rembourser ! Certains de ses auteurs – y compris deux rabbins ! – sont en fuite vers ce pays qui n’a pas de convention d’extradition avec la France pour ses propres ressortissants, si on a bien compris ? Il y a de ces coïncidences qui tombent mal. Qui vole un œuf vole un bœuf ! Vieux proverbe français.
«La patrie arabe est cette partie du golfe qu’habite la nation arabe et qui s’étend entre le mont Taurus, les monts Pocht-i-Kouh, le golfe de Bassora, la mer Arabe, les monts d’Éthiopie, le Sahara, l’océan Atlantique et la mer Méditerranée» : cet extrait de la constitution de la République arabe de Syrie, rédigée en 1972 et citée par Anne-Marie Perrin-Naffakh (Syrie, éd. du Seuil, coll. Petite Planète, 1979) donne pourtant bien la mesure de l’erreur commise par l’Occident depuis 1948, date de la création de l’État israélien, et date d’une guerre qui dure depuis… 58 ans. Pas encore 100 ans mais presque 60 ans : tout de même quelque chose, non ? ! Ce peuple hébreu ne pouvait-il pas tout bonnement songer à acheter une terre au lieu de la voler-conquérir ? Un tel peuple réputé commerçant émérite – sa diaspora nous le prouve tous les jours de par le vaste monde – ne pouvait-il songer à réunir quelques millions de dollars-or des années 1920 et acheter une île indienne ou un coin de Patagonie ? Aussi bien qu’un désert mais surtout moins dangereux pour la paix du monde, tout de même ! Éh bien non ! Ils ont pensé à tout sauf à ça : acheter une terre qui leur manquait mais qu’ils pouvaient acheter. Certains ont une terre mais pas l’état. D’autre ont l’état mais pas la terre. On peut acheter l’un et l’autre. Si on veut prendre de force l’un ou l’autre, alors… on en paye le prix. Les Hébreux contemporains ont réussi le tour de force, au bout de cinquante ans, de n’avoir aux yeux du monde entier ni vraiment l’un ni vraiment l’autre – et cela qu’ils soient israéliens ou non ou qu’ils soient «double-nationalité» ! Ce débat est rebattu et la cause est entendue depuis longtemps : celui qui sème le vent récolte la tempête. On n’est pas fanatique de l’idée d’État : on préfère la raison à l’État et on n’identifie nullement l’un à l’autre. Et on préfère le concept de charité à celui de raison : une chose que l’Ancien testament n’a jamais comprise.
La France est en outre la marraine du Liban : pourquoi est-elle réticente à le défendre contre une agression ahurissante menée par un État-voyou et prédateur soutenu par les U.S.A. ? Le problème principal de la paix est celui de ce soutien inconditionnel des U.S.A. à Israël : il doit cesser. Tout comme le soutien de l’U.R.S.S. à la Syrie a cessé. On ne va pas jusqu’à souhaiter la disparition du régime des U.S.A. : il est imparfait mais amusant et il fonctionne assez bien tout de même. Certains semblent pourtant croire que les voies de Dieu passent par le Mossad et Washington. Les U.S.A. qui étaient le garant de la paix d’une partie du monde sont désormais fauteurs de troubles – directement ou par intérim : ils voulaient un pétrole assuré et depuis leur intervention en Irak, ce dernier n’a jamais été aussi cher. Songeons au marché impressionnant représenté par la nation arabe et par les pays musulmans – ensemble auquel on peut adjoindre les Perses iraniens chiites : ce marché économiquement intéressant, aussi vaste que la Chine, n’a pas vocation à être ennemi de l’Occident. Pourquoi l’Occident s’allie-t-il à Israël qui est son prédateur inné ? Si la Ligue arabe se fonde non plus sur les idéaux baassistes mais sur un chiisme militant et universaliste à outrance, à qui la faute sinon à l’Occident ? Bref, en un mot comme en cent, le Hezbollah n’est pas l’ennemi de l’Occident : il est l’ennemi d’Israël.
L’enfant turbulent de cette guerre des Juifs – qui ne concerne a priori absolument pas le Français moyen catholique ou agnostique ou athée – est typiquement Ousama Ben Laden. Sans elle, peut-être n’aurait-il jamais retourné ses armes – qui avaient si bien résisté à l’expansionnisme soviétique dès 1980 – contre la C.I.A. ? Cette dernière est coupable à ses yeux d’assistance immorale à Israël, ennemi de l’Islam et de la Grande nation arabe. Que la tendance de cet Islam soit sunnite ou chiite accessoirement suivant les nations particulières, et contrairement à ce que répandent les analystes assermentés ou partisans évidents du côté hébreu. Pour Ousama Ben Laden, il est trop tard, et contre lui nous devons nous allier aux U.S.A. : c’est entendu ! Les autorités religieuses sunnites comme chiites le considèrent comme fanatique et criminel : il est marginal à juste titre. Mais pour le reste ? Nation arabe et bloc islamique (Iran inclus même si l’Iran n’est pas une nation arabe mais une nation perse) son des amis naturels de l’Occident chrétien et même de l’Occident chrétien libéral que nous connaissons aujourd’hui. Chacun peut tirer grand profit d’une amitié fructueuse si les Nations arabes et ou islamiques deviennent un peu moins rigoureuses et davantage sybarites. La question est sociologique et morale. On ne demande pas la Lune : qu’on cesse de menacer ou de persécuter ouvertement la diversité des pratiques sexuelles dans presque tous les pays arabes et islamiques ! C’est une preuve d’arriération intellectuelle : qui peut sérieusement penser qu’un Dieu s’intéresse à ces points contingents même si charmants ! Qu’on cesse d’interdire l’entrée de leurs territoires aux séropositifs comme s’ils étaient contagieux ou criminels – ce que pratique d’ailleurs l’Amérique de Bush alors que la France recevait les Américains malades par dizaines dès la découverte de 1983 ! Qu’on permette la liberté intellectuelle et artistique d’expression et qu’on abandonne l’expansion de l’idée théocratique ! Que cette idée elle-même soit humanisée, en somme… sa radicalisation est d’abord une conséquence directe de la Guerre des Juifs au proche-Orient.
Tous les intellectuels d’avant-guerre – dont T.-E. Lawrence ne fut pas le moindre ! – savaient que l’Occident ne pouvait se passer de l’Orient même si la Ligue Arabe date de 1945 en réaction aux pressions grandissantes des sionistes sur les Anglais en Palestine, donc trois ans avant la création d’Israël. Il faut le réapprendre aujourd’hui contre les intellectuels occidentaux vendus à l’idéal sioniste – idéal en soi sympathique mais malheureusement dégénéré depuis qu’il est appliqué en Palestine. Quant à l’Iran, on connaît la formule rapportée par Vincent Monteil – dans son petit livre si suggestif (Iran, éd. du Seuil, coll. Petite planète, 1957, revue en 1978) – selon laquelle l’Islam n’était qu’un moyen de mettre dehors les Anglais ! Formule ancienne qui pouvait passer pour juste avant la Révolution de 1979 mais qui contient encore une part de vérité : la République islamique d’Iran est une République cousine de la France ou de l’Allemagne. Et on sait que les Juifs libanais avaient des passeports iraniens dans les années 1970. Aujourd’hui la République islamique modifie un peu la donne. Le problème sunnite en Irak, l’expansion chiite en Irak sont des «problèmes internes» qui n’ont pas vocation à modifier nos relations avec ces pays. Seuls les terroristes peuvent vouloir les utiliser à cette fin : une fois qu’ils seront hors d’état de nuire, les fumées qui nous masquent la réalité se dissiperont. La réalité est un vaste agrégat de peuples qui ont vocation géographique à marcher distinctement aux côtés de l’Europe et non contre elle.
La politique de la France est de ce point de vue assez bien équilibrée. Elle aurait bien vocation à être celle de l’Europe dans son ensemble. Le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes – pour les Iraniens d’avoir procédé à une Révolution authentiquement religieuse en 1979 même si elle choque notre individualisme atavique – ne signifie pas forcément exportation mondiale d’un modèle théocratique même si tout modèle a vocation à devenir universel. Mais n’est-ce pas là la grande erreur française comme allemande comme hégélienne : penser que tout sens rationnel, voire que tout modèle peut et doit être universel ? C’est l’erreur que ne se lassent pas de dénoncer les intellectuels japonais interrogés par Jean D’Istria et dont nous vous parlerons bientôt. L’éditeur de ces dialogues passionnants est à «Paris et Tel-Aviv» (1), soit dit en passant. Et il est vrai que certains intellectuels islamistes ne peuvent s’empêcher de la commettre : ils ne se dénomment pas intellectuels mais «serviteurs de Dieu» bien qu’ils pensent rationnellement un concept parfaitement compris et aperçu, jusqu’en ses dernières conséquences. «C’est trop idéaliste… et de ce fait, cruel.» comme disait Dostoïevski cité par Deleuze en exergue à sa Présentation de Sacher-Masoch (éd. de Minuit, 1967) ! Même si la flagellation passive peut avoir une portée religieuse (catholicisme réaliste des Philippins, mysticisme collectif d’identification aux fondateurs du chi’isme, etc.) il faut convenir qu’elle n’est pas – a priori – l’ennemie de l’humanité mais une forme intéressante de son expression culturelle.
L’Occident doit savoir séduire à nouveau par des actes : il est touchant de voir de si nombreux étrangers (souvent anciens colonisés de la France qui n’ont pas oublié les bienfaits de cette période souvent bien plus brillante que celle de leur misérable période d’indépendance postérieure, synonyme de ruine et de chaos pratiquement ininterrompus) vouloir devenir Français. Laissons-les donc devenir Français ! Et pourquoi pas ? S’ils choisissent la France, ils renforceront notre modèle tôt ou tard. Les U.S.A. dont l’administration pose tant de problèmes au monde actuellement ont créé leur force ainsi : en agrégeant ceux qui le désiraient car les U.S.A. savaient qu’un modèle désiré est un modèle puissant qui augmentera sa puissance ! Alors agrégeons ! Oublions l’état d’urgence : c’est une écume sur la mer de l’humanité. Soyons simplement intraitables avec les criminels qui voudraient s’immiscer dans ces cohortes : que la police française prenne modèle sur celle des U.S.A. si respectée et si puissante ! Ce désir d’agrégation à la France est d’ailleurs un signe que la décolonisation française – en Afrique comme en Asie du Sud-Est comme partout ailleurs – fut prématurée. C’est l’évidence. N’est-elle pas le signe qu’une nouvelle période de colonisation est souhaitable ?

Si nous revenions comme associés souhaités dans ces pays, avec la double-nationalité valable dans les deux sens, quel bénéfice permanent des nations comme le Cambodge ou le Mali n’en tireraient-elles pas ? Les États de ces pays sont exsangues et incapables de les gérer correctement. Nous savions le faire. Nous saurons le faire demain tout aussi bien, si les intéressés nous le demandaient. Au conditionnel ? Ne cessent-ils pas de nous le demander pour une bonne partie d’entre eux ? Ils sauvent la face mais ne peuvent se passer de «l’aide internationale» qui n’est qu’une colonisation rampante. Paul Valéry a eu finalement tort de s’attrister : tout est encore possible pour l’Europe ! Elle peut redevenir bientôt la maîtresse morale et économique du monde si elle prouve la justesse de ses vues à ce restant qui nous observe passionnément. Même les U.S.A. reviendront dans notre giron moral et diplomatique, économique : nous ne pouvons être trop séparés trop longtemps. Des liens trop puissants nous unissent. En attendant ces jours heureux, nous redisons tranquillement que la France doit notamment être prête à mourir pour le Liban – au sens où on parlait de «Mourir pour Dantzig», qui sait ? Oui… qui sait ! Car le Liban est l’exemple même de l’innocent et il n’est pas sans signification que cet innocent soit issu politiquement d’une volonté française. Par delà les intérêts syriens et israéliens, le Liban doit être maintenu comme exemple de la justice française face aux volontés hégémoniques les plus variées.

Note :
(1) Il s'agit des éditions de l'Éclat dirigées par Michel Valensi.

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