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31/03/2005

Une lecture de Dominique Autié, la première

A propos de La littérature à Contre-nuit.

Paysage avec la tentation du Christ, Joos de Momper, sd

Répondant à la critique de mon livre, La littérature à contre-nuit, que Dominique Autié eut l'amabilité de me faire lire avant de la publier sur son site, voici quelques lignes tentant de rendre compte de la difficulté de lecture qui a été sienne. Je me suis borné à italiser certains passages de ma lettre et à y ajouter deux ou trois mots favorisant la compréhension de l'ensemble.

Cher Dominique, vous serez donc le premier (et peut-être le dernier !) à avoir écrit sur mon sévère bouquin.
Il me semble que vous ne l'avez guère aimé, ce livre ou plutôt ces petits livres. Ce pluriel, évidemment diabolique, n'est pas anodin. C'est bien justement ce que j'ai tenté de montrer et que vous n'avez pas évoqué : cet inconciliable point de vue dominant sur le Mal, qui eût donné quelque force centripète à l'ensemble, plutôt que ce vague et centrifuge (et maladroit, par-dessus le marché...) avant-propos, est absent et ne peut qu'être absent de mon bouquin. En fait, et je ne dis pas cela pour excuser platement mon travail, ce livre aboutit non seulement à une aporie, mais en est une, il est l'écriture d'une aporie : sur le Mal, tout et rien peut être dit/écrit sans que l'origine puisse être seulement rêvée, qui lierait (et lirait) le tout, que l'on parle de Brontë ou de Gadenne...
Cela ne fait rien cher Dominique : je suis extrêmement honoré, je vous le dis sans le moindre tic de flagornerie, que vous ayez lu ce livre et parlé de lui et aussi, évidemment, que vous ayez osé le rapprocher de La littérature et le mal de Bataille, livre que j'ai lu vers l'âge de 15 ou 16 ans... douloureusement je crois, difficilement (cette difficulté, vous le soulignez, est partie même de l'oeuvre et de sa lecture) et qui a marqué sans que je m'en rende finalement bien compte l'assemblage de ce bouquin, le mien.
Merci mille fois donc et à très bientôt.
Amicalement,
JA

Texte auquel Dominique Autié répondit à son tour en écrivant :

Cher Juan.

Je reviens, avant de fermer la boutique un peu tard, cette nuit, sur cette phrase de votre message :
Il me semble que vous ne l'avez guère aimé, ce livre ou plutôt ces petits livres.
Je serais désolé qu’une telle impression puisse être suscitée par ma chronique, que je viens de relire et qui, me semble-t-il, dit tout le contraire.
Je vous ai seulement parlé, dans mon message, d’un régime de lecture difficile dans le livre lui-même, qui peut ne tenir qu’à mes propres rythmes intérieurs. Je suis un lecteur très lent, très besogneux.
Et le fait que je suggère que vous puissiez souffrir des mêmes souffrances que les voix que vous restituez à travers ces pages constitue le contraire d’une réserve.
Ce que vous avez peut-être perçu, car vous êtes fin lecteur, c’est une réticence personnelle de ma part, à mon âge (si près de la mort, comme je dis) à lire des textes sur des auteurs au risque de ne plus avoir le temps de lire les auteurs eux-mêmes. Voyez comme je me suis précipité sur Gadenne (je n’en suis qu’à la moitié de Siloé, en alternance avec des livres de vulgarisation scientifique que je dois lire pour mes travaux professionnels pour le muséum de Toulouse). J’ai donc, c’est vrai, fait le double effort sur moi-même d’ouvrir et de lire un ouvrage de critique (je préfère vraiment retenir que vous méditez sur ces auteurs, le terme me paraît plus juste et plus fort) et de vous suivre dans un cheminement qui concerne (à l’exception de Trakl, découvert à vingt-cinq ans dans un pur effroi) des textes que je n’ai pas lus. C’est, il me semble, ce point très précis que vous pouvez songer à ciseler de façon plus rigoureuse encore : je veux dire vous couler dans la posture de votre lecteur le plus attentif, le mieux disposé, dont la principale carence restera toutefois, devant vos pages, de n’en découvrir l’objet que par vous. C’est, j’en conviens, un exercice souvent pénible et contraignant, qui allonge considérablement le temps d’écriture.
Vous le constatez, je n’élude pas votre remarque, je la localise en un autre registre sans doute que celui sur lequel vous aviez situé ma réserve. Mais considérez vraiment, je vous prie, qu’il ne s’agit là que d’une remarque de bien peu de poids en regard de la force et de la nécessité qui traversent vos chapitres.
Je vous confirme la mise en ligne pour mercredi.
Je vous souhaite surtout d’autres échos dans les prochains temps.
Bien à vous.
Dominique Autié.

29/03/2005

La Zone est atopiaque, assurément

Crédits photographiques : Khaled Desouki (AFP/Getty Images.jpg).

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26/03/2005

Pro Europa : de l'Occident à l'Europe, par Francis Moury

Crédits photographiques : Rodrigo Abd (Associated Press).

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25/03/2005

En Euroland, vous serez comme des dieux... ou : Non au projet de Traité constitutionnel européen

Crédits photographiques : Rodrigo Abd (Associated Press).

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24/03/2005

Christophe Colomb devant les cochons

Crédits photographiques : Gregory Bull (AP Photo).

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18/03/2005

En gaine de plomb souvent gist glaive d'or ou la vie imaginaire d'Arnaud Bordes

Oedipe et le Sphinx
Gustave Moreau, Oedipe et le Sphinx, 1864.

«Lorsque Dieu approcha Sa bouche des narines d’Adam, il y avait probablement de l’opium dans son souffle.»
Nick Tosches, Confessions d’un chasseur d’opium



Peu importe la quête après tout si, étant sincère, elle exige que nous nous y perdions corps et âme. Ainsi Nick Tosches poursuit-il un rêve opiacé (dans une nouvelle publiée par Allia), qu'il finira tout de même par réaliser et Arnaud Bordes, comme tous les écrivains dont les influences tressent des motifs énigmatiques dans son très beau recueil de nouvelles, Le plomb (aux éditions, décidément excellentes, A contrario), essaie-t-il de découvrir le Livre absolu, celui qui, irréel, monstrueux, est le seul à même de recoller les disjecta membra éparpillés par une fureur dont il ne nous est rien dit mais qui souille les âges sombres et héroïques évoqués dans ces pages envoûtantes.
Mais le rêve, y compris opiacé par une quête de ce qui est irrémédiablement perdu (l'art et la manière, donc, de fumer l'opium...), est fugace et a vite fait de se dilacérer en traînées de chiques et le plomb ne se transforme que bien rarement en un métal moins vil. Arnaud Bordes le sait bien qui essaie plusieurs fois la délicate opération : parfois maladroitement, comme dans la nouvelle qui ouvre le recueil (justement intitulée Disjecta Membra), parasitée d'un avant-texte fuligineux ou dans celle intitulée Une iconographie qui est, elle, inutilement assombrie par une plongée finale dans une mythologie de bazar, hors-texte qui en somme et paradoxalement simplifie le mystère là où il eût fallu l'alourdir. Pourtant demeure la fascination terrible et la quête du Livre qu'il faut coûte que coûte poursuivre puisque c'est elle seulement qui apportera la révélation, noire plutôt que blanche, la confrontation périlleuse ou plutôt mortelle avec le Sphinx insatiable. Arnaud Bordes écrit ainsi : «J’ai dû, aux yeux du monde, feindre de croire à la réalité simple, univoque et inébranlable, j’ai dû taire, alors que j’avais envie de le crier, que la nuit était plus grande que le jour, et je sais, seul, sans me déguiser des oripeaux de la philosophie, que la lumière n’est rien que l’illusion que la nature miséricordieuse consent à nous donner pour que nous ne sombrions pas dans la démence.»
Cette découverte stupéfiante (je songe à celle, identique, que le maléfique Fernando Vidal Olmos de Sabato fit avant de pénétrer dans le monde englouti des Aveugles) constitue sans doute le motif à peine caché de l'emblématique et splendide nouvelle, à mon sens la meilleure du livre, intitulée La lèpre de Schwob qui, de façon remarquablement condensée, regroupe pour les subsumer tous les clichés propres à la littérature décadente : le Livre, le Sexe, la Mort et... le Diable, peut-être caché dans l'une de ces pages faites de la chair pourrie de l'écrivain qui inventa les Vies imaginaires, démoniaque (plutôt qu'un démon trop maladroitement personnifié) libéré par le massicotage du livre fantôme qui est comme l'ombre du texte officiel, ainsi que Bordes l'écrit superbement. La mise en abyme, autre procédé cher à l'écriture du Huysmans de Là-bas (et que dire de Borges, la plus évidente des références que l'écriture de Bordes illustre...) y permet de sertir, comme s'il s'agissait d'une gemme noire, les cinq vies imaginaires maudites (à la différence de celles de Marcel Schwob, ces dernières ne respectent pas une chronologie, fût-elle fantaisiste) dans la narration développée par Sépulcre Penthas, qui mourra de ses lectures interdites, la pourriture de la lèpre contaminant l'ensemble de la bibliothèque du malheureux en commençant (amusante moquerie) par les auteurs les plus ennuyeux comme... Corneille. Il y en a d'autres... Le Livre, qui récapitule les âges les plus lointains de la Création (cf. Carnaval ou La lecture du Mégamnène) est donc toujours puits dévorant, vortex (qui disloque les autres livres, comme le montre Disjecta Membra) dans lequel il ne faut pas craindre de tomber (l'image étant redoublée par le motif lancinant de la bibliothèque Bathus, à Ragz, en Hongrie, véritable matrice de la Bibliothèque infinie), si l'on veut devenir, comme l'enseigne la légende rappelée par Arnaud Bordes, «homme bibliomorphe, [...] espèce de golem fabriqué à partir d’un suc de livre
Voici donc un livre et c'est là, sans doute, le plus beau compliment que je puisse adresser à son auteur, voici donc un premier ouvrage qui, enté sur le mythe du Livre babélique, parvient à s'oublier en se parodiant avec une confiante jubilation, à se démultiplier en n'évoquant pourtant que son idiosyncrasique plaisir de donner à lire, à se transformer en un sable chaud capable de s'infiltrer dans les imaginaires les plus hermétiquement clos sur leur pulvérulente insignifiance. Le plomb s'alchimise ici du fait d'avoir été patiemment décanté : disparition de la littérature dans le Livre total avec, demeurant au fond de l'athanor comme une mince pellicule de déchets, la couche verdâtre d'un Moi dépassé, sublimé.
Je dois dire que, Matthieu Baumier m'ayant amicalement envoyé le livre de Bordes qui, me glissa-t-il malicieusement, me plairait, j'avais tout de même quelque crainte de devoir formuler sur celui-ci l'expéditif jugement de Paul Léautaud sur les Vies imaginaires de Marcel Schwob : «C’est truqué au possible» (Journal littéraire, 1903). Oui, comme me paraissent l'être beaucoup des romans de Rachilde, Lorrain (y compris son Monsieur de Phocas) ou Bourges, jadis dévorés maladivement par un adolescent goûtant les lectures proscrites qu'il dénichait dans tel essai de Mario Praz (comme l'un des trois tomes du Pacte avec le serpent), lui-même savant à la réputation sulfureuse. Jugement expéditif certes mais pas totalement faux même si Léautaud n'a guère semblé goûter la beauté ténébreuse d'une nouvelle intitulée Cyril Tourneur, poète tragique, encore moins celle, de noirceur contenue et digne des contes de Poe, du texte ayant pour titre MM. Burke et Hare, assassins. Surtout, Léautaud ne me semble pas avoir compris l'intention profonde et vertigineuse de Schwob qui déclarait dans sa Préface à ces mêmes Vies : «Le livre qui décrirait un homme en toutes ses anomalies serait une œuvre d’art comme une estampe japonaise où on voit éternellement l’image d’une petite chenille aperçue une fois à une heure particulière du jour.» Le livre comme miroir infini du Livre qui n'est rien d'autre que l'univers passé, présent et futur, riche de tous ses possibles, des bégaiements de l'Histoire et des procrastinations de la Volonté, Borges a dû bien évidemment se souvenir de cette déclaration de Schwob avant de nous dévoiler quelques-unes des facettes prodigieuses de son rayonnant Aleph.
Quant à Arnaud Bordes, qu'il se rassure, le plomb dont il a entrepris la transformation est d'une belle densité.

09/03/2005

Deux tristesses : William Faulkner et George Steiner

Crédits photographiques : Daisuke Wada, Associated Press, Mainichi Shimbun.

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08/03/2005

Le cadavre du Roi

Abbaye royale de Fontevraud, Richard Cœur-de-Lion et sa belle-sœur Isabelle d'Angoulême.


Je ne résiste pas au plaisir de citer in extenso cette courte lettre envoyée par mon ami Tibolano hier même, lettre inspirée par mon texte consacré à Baleine de Paul Gadenne et aux Harmonies Werckmeister de Béla Tarr. Je n'ai le temps ni l'envie, aujourd'hui, d'évoquer plus longuement cet aspect, en effet assez original, que Tibolano a cru lire, à raison je crois, dans un film somme toute modestement réussi à mon sens (hormis la superbe composition de Michel Bouquet) qui effectivement se moque du personnage réel que fut Mitterrand (sans doute bien plus diabolique que ne le laisse entrevoir le film de Guédiguian) pour en privilégier son évocation par le verbe (celui du président certes, drôle, railleur, ironique, sec, envoûtant ou fatigué mais aussi ceux de Chardonne, Bloy, Rimbaud, Péguy...). Du reste, je crois avoir quelque peu évoqué ce sujet dans ce billet en partie consacré à Ernst Kantorowicz et au thème des deux corps du Roi.

Voici donc le court texte de Tibolano, auquel je rappellerai toutefois que, pour Gadenne, l'Attente n'est jamais vaine, le cétacé échoué que contemplent les deux personnages de la nouvelle étant bien le signe (certes aussi difficile à déchiffrer qu'on le voudra) de la Promesse :

Cher Juan,

en effet, aucun événement n'est le fruit du hasard : j'ai acheté hier matin la réédition de 1993 de Baleine, que j'ai lu ce matin, juste avant de découvrir ton billet...
Ce texte, et la lecture que tu en fais, m'a étrangement fait penser au film Le Promeneur du Champ de Mars de Guédiguian, que je suis allé voir la semaine dernière. Non non ne ris pas ! L'as-tu vu ? Si ça n’est pas le cas, vas- y !
Je sais, le rapprochement peut paraître saugrenu, mais je t'assure que le corps de Michel Bouquet (qui incarne l'esprit, ou plutôt le Verbe de Mitterrand, plus qu'il ne joue son personnage) tient dans ce film sensiblement la même place que celui de la baleine chez Gadenne. Le personnage de Jalil Lesper se demande lui aussi si cette rencontre est vraiment un hasard alors qu'il est en instance de divorce, qu'il va devenir père et qu'il rencontre un nouvel amour. Cet homme malade, le dernier des grands présidents, cet homme qui se meurt, c'est pour lui (pour nous ?) cette baleine, notre passé. Mais ce presque cadavre lâché par tous, cette momie républicaine (cf. le pharaon de Gadenne et souvenons-nous de Mitterrand et de l'Égypte...), est aussi celui qui incarne, pour Guédiguian comme pour beaucoup, non seulement les défaites de la Gauche mais aussi celles de la France, son fantôme, l'inventaire infaisable. Gadenne écrit admirablement :
«Cette défaite, cet effacement silencieux, cela redevenait une présence ; ce crachat, cette traînée de pourriture apparue subitement sur une plage à nous familière, et que le regard devait d'abord chercher, nous comprenions que c'était un spectacle solennel. Nous n'aurions pas besoin de faire effort pour le graver en nous ; il y était inscrit depuis toujours, il était notre plus ancienne pensée.»
Oui, le pourrissement, promesse de renouveau. En 1949, peut-être. Mais en 2005, notre futur c’est d’être des gisants, en Europe.
Moi qui sans avoir jamais été socialiste (Dieu m'en garde !) mais qui suis de cette génération Mitterrand, je suis sorti de ce film dans le même état que Pierre et Odile. Triste, très triste. Cette baleine qui pourrit, ce corps et ce pays qui meurent, ne sont plus promesse de rien, ou alors de blanc, «un blanc sans lumière, un blanc gelé, entièrement refermé sur lui-même, tournant le dos à toute gloire, avec une résignation à peine pathétique»…

07/03/2005

Deux monstres : Les harmonies Werckmeister de Tarr et Baleine de Gadenne

Crédits photographiques : Hiroya Minakuchi (National Geographic/Minden Pictures).

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03/03/2005

Les limites de la littérature sont celles mêmes de la critique

Jérôme Favre (Bloomberg News).

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