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26/04/2006

Strix Americanis chasse dans la Zone... en vol serré

REUTERS:Jon Nazca.jpg

Crédits photographiques : Asmaa Waguih (Reuters).

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24/04/2006

V for Vendetta or B for Blablabla ?

Crédits photographiques : David Bitton (Appeal-Democrat via Associated Press).

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22/04/2006

Ici et là-bas, toujours, le diable

Crédits photographiques : Jessica D. Schiffman et Caroline L. Schauer (Drexel University).

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18/04/2006

La cinquième tête de Cerbère de Gene Wolfe

Crédits photographiques : Jorge Silva (Reuters).

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15/04/2006

Netizen n°3 : portrait du blogueur en blorpion

Phtirius pubis, communément appelé pou du pubis ou morpion, responsable de la pédiculose pubienne ou phtiriase


Ayant pointé, dans un bien trop long billet consacré à pareille revue, mes principales critiques à l’endroit de Netizen, il ne s’agira, avec ce nouveau et (finalement peu) court texte, de rien de plus je l’espère que d’une piqûre de rappel. Particularité de mon vaccin : il veut achever la bête idiote plutôt qu’en tenter la guérison. Netizen, en effet, est à piquer, comme s’il s’agissait d’un vieux chien qui, afin de vous amadouer et de vous arracher une dernière caresse, tenterait de remuer sa queue et de faire le beau alors que, depuis des lustres, le pauvre animal n’a plus même la force de se tenir debout. Autant le dire d’entrée : Netizen ne se tient pas droit et se tiendra d’ailleurs de moins en moins droit si j’en juge par les trop rares publicités (Europe 1, Arte, Nokia sans trop le dire, les éditions M2; bref, rien de bien affriolant…) qui financent ces pages. Et je ne suis même pas certain que ces sociétés aient réellement apporté leur soutien pécuniaire à Netizen : peut-être ne s’agit-il là que de bons procédés, d’appels puis de renvois d’ascenseur. Après les premières fissures constatées sur la jolie petite niche du caniche pas même savant, l’avachissement approche, bientôt la paralysie. Le ridicule, lui, dépassant de plusieurs années-lumière le sevranisme le plus abouti, est depuis trop longtemps une marque de fabrique pour que je le stigmatise, surtout chez celui, Christophe Ginisty, qui fut l'âme ouvrière, si je puis dire, du projet
Netizen donc. Je passe une fois de plus sur la pertinence du dossier de ce troisième numéro, cette fois consacré aux interactions (prétendument) complexes unissant la télévision et le monde des blogs. Encore que, la présence de Gilles Klein, bien honnête professionnel, ainsi que l’orientation presque uniquement technique de ces pages nous évitent quelques-uns des sirupeux bons sentiments qui poissaient les deux premiers numéros. Je l’ai dit et le répète : les seules pages de quelque intérêt de Netizen sont finalement celles qui évitent les enfilades de truismes si chères au rédacteur en chef de la revue, le voltairien (ce n’est point une insulte sous sa plume… Voilà qui est bien étrange tout de même…) et gentil citoyen de la Toile Cyril Fiévet. Au moins, lorsqu’il n’écrit pas, cette revue trouve à peu près une utilité, qui n’est cependant rien de plus que purement informative. C'est déjà bien cher payer des informations qu'une multitude de blogs, spécialisés dans ces questions, nous offrent gratuitement et avec une célérité qu'aucune revue, cela va de soi, ne saurait dépasser.
Gageons que le quatrième numéro, désormais bimestriel, saura nous proposer de stimulants textes sur la téléphonie mobile et les blogs, la délocalisation en Birmanie des chaînes de fabrication des fers à repasser ou, pourquoi pas, puisqu’il faut bien flatter le lectorat (ce mot étant tout de même proche d’un autre : électorat), sur les nouvelles techniques de fist-fucking expérimentées dans la poétique zone pédéblogosphérique, puisque c’est son nom officiel. Justement, cette digression me permettra de pointer une tare endémique propre à cette revue et, on s’en doutait, à l’ensemble de ces torchons (comme Technikart, jadis dûment punaisé) qui se veulent le réceptacle de la modernité la plus radicale et qui ne font rien d’autre que tout mélanger : ce cancer est celui de l’éclatement, à la fois matérialisé dans l’affreuse et criarde mise en page de Netizen comme dans les allusions plus ou moins fines contenues dans les pages de la revue. S’il y a donc des pédéblogueurs, c’est à coup sûr qu’existent de méchants pédoblogueurs, des saphoblogueuses libérées de leur tragique sujétion au patriarcat, de discrets cleptoblogueurs, d'évanescents oniroblogueurs, de savants astroblogueurs, voire de malodorants copropblogueurs, ces derniers, je précise à l’attention des lecteurs habituels (s’il y en a) de Netizen, se nourrissant de matière en putréfaction (j’y songe : une telle définition me conviendrait finalement assez bien puisque la Zone brasse et tente hélas de décanter des étangs de merde). L’analyse de cette fragmentation affirmant au contraire que cette diversité de surface n’est qu’une apparence trompeuse et le saint Graal de ces abrutis incapables de bosser solitairement, donc d'imprégner la Toile de leur complxe personnalité, cette analyse n’existe tout simplement pas.
Ainsi, je ne crains pas de le dire ou plutôt de le répéter : la première réalité susceptible de frapper un esprit quelque peu familiarisé avec les us et coutumes de la Toile, ce n’est pas tant son extrême diversité que sa très profonde banalité. Hormis quelques blogs d’un réel intérêt, et ce quel que soit leur domaine d’élection (je le précise à toutes fins utiles), il faut clamer cette évidence que Fiévet fait mine d’ignorer : sur la Toile, tout le monde bavarde et bien peu parlent réellement. Pour ce qui est d’écrire, mieux vaut s’armer d’un optimisme à toute épreuve car alors la Toile, d’ordinaire une ruche en activité permanente, devient aussi luxuriante que la surface arasée de Vénus, l’extrême chaleur qui y règne en moins. Cet éparpillement, nous dit Fiévet, se veut ludique et surtout, le sésame-ouvre-toi de la sottise est magiquement prononcé, citoyen. Aucune porte ne s’ouvre ? Bien sûr, car il n’y en a pas qu'une seule à vrai dire mais plutôt une multitude qui claquemurent d'innombrables nichettes où chaque imbécile bavard s’enferme dans sa solitude virtuelle mais, nous voici rassurés sur son équilibre mental, participative.
Moi, Rémi Barra dit Palpitt, je n’ai strictement rien à dire mais je m’étonne de tout : je ramasse une crotte dans la rue, la renifle et, suprême arôme, je crois y flairer quelque fragrance divine. En langage tout grondant de palpitations, cela donne : «Ce qui m’a frappé au fil des jours, c’est donc d’une part cette formidable propension du blog à créer, modeler, commenter et, le plus important, à devenir acteur de l’actualité (notez la force de conviction soutenue par cette allitération en dentales). D’autre part, c’est ce potentiel à déclencher un véritable incendie d’opinion» qui, vous l’avez deviné, tant ce charabia rédigé en sous-français est convenu, «peut être considéré comme une tentative de contre-pouvoir lorsqu’il renverse un certain ordre hiérarchique». Ne soyez point trop rigoureux avec le pauvre Rémi, dit Palpitt, par exemple en lui reprochant sa langue cancérisée, son écriture vide plus que palpitante, la maigre invention d'une langue sloganisée jusqu'à son trognon. Car il nous livre tout de même un grand secret : un «contre-pouvoir», apprenons-nous ainsi avec émotion, «renverse un certain ordre hiérarchique». Lequel ? Le bon Rémi ne nous le dit pas, fatigué sans doute de l’effort de concentration exigé pour aligner ces phrases d’une absolue banalité, dignes d’un manchot phocomèle. Au risque de provoquer, chez mes lecteurs, un infarctus, je me dois de poursuivre, en faisant remarquer que Palpitt est qualifié de «métablogueur». Mais il n’a rien dit pourtant ? Il ne nous a rien appris ? Par quel miracle de fausse parole Frédéric François, directeur de publication de Netizen qui, se réjouit-on de l'apprendre, jouit tout de même d'une très solide formation de... philosophie (cela se voit, il connaît Novalis), a-t-il cru bon d'accoler à notre nanoblogueur le préfixe méta qui, si je ne m'abuse, signifie une activité ou une catégorie subsumantes ? Sans doute s'agit-il d'un souvenir d'Aristote, me répondra l'heureux licencié de philosophie. Où donc Cyril Fiévet a-t-il cru déceler une quelconque activité intellectuelle chez cet infrablogueur ? Demandez-le lui, à l'occasion, la réponse témoignera au moins d'un invincible optimisme scientifique, à moins que notre voltairien rédacteur en chef n'ait su inventer quelque géniale machine capable de détecter l'activité cérébrale du quark.
Voici donc désignées par l’exemple de cet imbécile les deux colonnes portantes de l’édifice virtuel de la taille d'un chenil : d’une part, pour reprendre la seule tournure un peu complexe de Barra, l’essentiel est de n’avoir strictement rien à dire mais de le dire justement, et de le dire haut et fort. Comment ? En le disant, voilà tout, ce qui donne ces phrases de sémantisme à peu près vide et de sens lui-même proche du zéro absolu. De l’autre, un crétin aphone étant tout de même une pauvre chose minuscule, y compris aux yeux d'un crétin aphone, mieux vaut, pour abattre l’ordre établi (lequel, encore une fois, c’est ce que nous ne saurons jamais; nous ne saurons jamais également quels sont les redoutables adversaires de ce prof blogueur dénonçant «les dérives éthiques ou politiques qui affectent notre société» !), il s’agit tout de même de trouver quelque absence de voix auprès de plusieurs autres nains tout aussi ignares, aphones et, dans le même temps, bavards, afin, non pas de faire silence, mais simplement de couvrir le bruit que font les autres imbéciles entourant et relayant notre crétin initial. Si la termitière se distingue par son impeccable organisation communiste (la présence d’une reine doit être considérée comme une survivance réactionnaire d’un temps heureusement aboli), la termitière virtuelle, la termituelle est, elle, organisée en autant de microscopiques cabanons où chaque fou se fait un devoir de beugler sa folie afin de l’étendre à son voisin. Si la contagion ne se produit pas, la termite virtuelle n’hésitera pas à saper les murs capitonnés de son voisin de cellule pour venir, dans ses propres commentaire, combien saine est la condition de fou virtuel.
L’éparpillement plutôt que la diversité, l’éclatement plutôt qu’une originalité réellement ouverte, donc forcée de se restreindre ou de filtrer, c’est-à-dire de réfléchir (et notre pauvre Palpitt ainsi que tous ses clones sont bien loin de pouvoir s’offrir pareille dépense neuronale en faisant l’acquisition, même bradée, de tel organe qui je le rappelle, à la différence du cœur, ne peut pour le moment se greffer), ce sont bien là, je le disais, les mamelles nourricières que sucent ces journalistes de bas étiage et tous ces nains qui, comme Natacha Quester-Séméon, ne jurent que par la seule vertu du «travail collaboratif» chargé d’ériger une tour de Babel participative, d’édifier les contreforts d’une «communauté virtuelle [forcément] humaniste», afin de faire fusionner le «réseau» avec le «réel», le «global» avec le «local» pour que soient consommées les noces blanches de la «technologie et [de] l’humain». Inutile de préciser que le manchot empereur rédactionnel qui assiste, impuissant, à la progressive fragmentation de son petit coin de banquise précédemment ravagé par un microscopique tsunami (voir le lien plus haut), sentant tout de même le danger venir en la personne désagréable de quelques créanciers aux solides dents de... morse, s'est empressé de préciser, dans son éditorial, que la blogosphère n'était pas uniquement, et de loin, le seul intérêt de Netizen. Autant nous le dire plus franchement que cela : pour survivre, cette revue va devoir de toute urgence diversifier (le mot est à la mode) ses thématiques et intérêts, élargir, voire redéfinir son core business (cette expression tout autant, hélas), les blogs gratuits n'étant décidément pas suffisamment rentables, surtout pour une revue payante. Fichus blogueurs tout de même, qui rechignent à acheter une revue qui leur apprend, dès son troisième numéro, qu'elle ne va tout de même pas se consacrer à eux, les ingrats qui manquent à l'appel, et ce à fonds perdus, les finances se creusant étant ma foi un bon motif de cesser toute dangereuse philanthropie, laquelle d'ailleurs n'est pas vraiment la tasse de thé, ils le répètent assez, de nos audacieux entrepreneurs.
J'en ai fini avec Netizen, déjà troisième du nom et, je l'espère, anté-pénultième de sa série depuis sa conception porteur d'un gène récessif : la bêtise contente d'elle-même, l'étalage de fadaises maigrement asaisonnées des insipides épices d'une langue à la bien-pensance de degré zéro.
Avant de terminer ces quelques lignes, je ne puis que saluer la seule mais néanmoins réelle contribution de Cyril Fiévet à la vitalité de la langue française : il est l'inventeur de ce mot, blorpion, mêlant la caste honteuse des anoploures et celle, au contraire jamais avare de publicité, des blogueurs, utilisé dans mon titre et dont Netizen, au gré de chacun de ses numéros, a finalement décidé d'encourager l'immonde prolifération.
Nul ne pourra dire que la Zone n'accomplit pas son devoir de prophylaxie citoyenne puisque je n'hésite pas à reproduire telle annonce trouvée au cours de mes recherches consacrées au dérangeant pou du pubis : j'y ai ainsi appris qu'en France une lotion (Spray-Pax) est utilement indiquée dans la phtiriase (ou pédiculose du pubis). Son application doit atteindre l’ensemble des zones pileuses du tronc et des cuisses; un rasage des poils peut être utile en cas de lentes (les œufs du pou) abondantes.
Finalement, pour éviter la gangrène de la parole sale ou bavardage, il suffit simplement de se laver.

14/04/2006

L’Ensorcelée de Jules Barbey d’Aurevilly, par Germain Souchet

Tsering Topgyal (AP).

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12/04/2006

Le Chevalier des Touches de Jules Barbey d’Aurevilly, par Germain Souchet

Christian Petersen (Getty Images).

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08/04/2006

Voyage au tabou de la nuit, par Matthieu Jung

Richard Milette, 1996


«Les socialistes s’interdisent de sortir d’une pensée pétrifiée et d’aborder sans tabous des thèmes chers à leur électorat.» Yvan Rioufol, Le Figaro, 1er juillet 2005.
«L’idée d’un impôt mondial (sur les billets d’avion par exemple) pour booster l’aide [au développement], tabou hier, est pourtant appuyé par 110 pays aujourd’hui». Vittorio De Filippis et Christian Losson, Libération, 2 juillet 2005.
«Enfin, Laurence Parisot a dit son intention de casser un tabou : celui des règles de représentativité syndicale qu’elle entend rénover». Le Monde, 7 juillet 2005.
«Sans oublier les gauchistes, ravis de déstabiliser ce qui restait de cohérence sociale sur un sujet tabou : l’Europe.» Daniel Soulez-Larivière, Libération, 15 juillet 2005.
«Nous avons décidé de […] lancer une réflexion sans tabou sur les dysfonctionnements de nos mécanismes d’alerte et de suivi de l’enfance en danger», Valérie Pécresse et Patrick Bloche, Le Monde, 21 septembre 2005.
«Sida : Charlotte Valendrey, le témoignage qui brise les tabous». L’Express, 22 septembre 2005.
«Violences conjugales : la réalité se regarde désormais en face comme un sale hématome dans une société où un tabou se brise encore parfois moins vite qu’une arcade sourcilière.», Didier Pobel, Le Dauphiné libéré, 24 novembre 2005.


Il ne se passe plus une journée, aujourd’hui, dans la France médiatique, sans que quelque part, quelqu’un, à propos d’un sujet de la vie politique, culturelle ou sociale, découvre un tabou qui traînait, là, dans l’ombre, discret, ignoré du public, presque honteux; ni sans que ce quelqu’un entreprenne alors de le débusquer, ce tabou, comme un chasseur sachant chasser sans son chien. Farouchement. Rageusement. Et, une fois le tabou délogé, de le faire tomber.
Ou, mieux encore, de le briser.
Mais alors en mille morceaux hein si possible, pour qu’il ne demeure plus qu’un tas, un amas informe, un monceau monstrueux de tabous éclatés.
Pour certains, tel le primesautier Frédéric Strauss de Télérama, cette activité confine à l’orgasme : «Quelques tabous qui sautent, ça fait toujours plaisir» (31 août 2005). Qu’objecter face à tant de juvénile enthousiasme ? Tu ne voudrais pas plutôt faire sauter quelques bouchons de champagne, Frédéric ? Et laisser les tabous tranquilles ?
Devant une telle frénésie, la question du recyclage des tabous brisés risque de se poser rapidement. Comment en effet se débarrasser de ces centaines de tabous détruits ? Les incinérer dans une déchetterie à tabous ? Mais les fumées du tabou brûlé ne trouent-elles pas la couche d’ozone ? A ce jour, aucune enquête scientifique sérieuse n’a encore été menée. On ne sait quasiment rien de la composition moléculaire du tabou. C’est ennuyeux. En matière de combustion du tabou comme dans bien d’autres domaines, ne faut-il pas en appeler au principe de précaution ? Ne vaut-il mieux pas travailler en amont, insister sur la prévention en fabriquant dès l’origine du tabou 100 % recyclable, garanti sans amiante ni CFC ?
Cet extraordinaire engouement pour le mot «tabou», devant lequel un psychiatre venu d’un autre temps diagnostiquerait certainement une écholalie généralisée, lui permet d’effectuer une remarquable remontée vers le peloton de tête de la pensée correcte, où il talonne désormais «éthique», «citoyen», «phobie», «transparence» et «discrimination», échappés en compagnie du maillot jaune aussi niais qu’abrutissant : «ensemble».
Peut-être verra bientôt notre outsider sur la plus haute marche du podium dans le titre d’un roman à succès : Tabou, c’est tout ?
On attend le jour où l’on prononcera des phrases entières avec tabou mis bout tabou. À la forme affirmative : «Tabou, tabou tabou tabou, tabou». Suspensive, presque mélancolique : «Ô tabou, tabou…». Exclamative, en forme d’insulte, fort dans les oreilles : «TABOUUU !»
Deux analystes, sur un même sujet, peuvent détecter des tabous différents, voire antagonistes, et s’écharper pour savoir où se trouve le tabou véritable. Ainsi Denis Baupin déclarait le 19 janvier 2001, un peu avant de commencer à éventrer les voies de circulation parisiennes : «Les Verts préconisent la légalisation du cannabis, tant pour sa consommation que pour sa vente, […] et la médicalisation des drogues dures. Mettre en œuvre ces deux propositions implique de briser un tabou.» Cinq ans passent, Denis Baupin éventre les voies de circulation parisiennes, et Didier Jayle, Président de la MILDT (Mission Interministérielle de la Lutte contre la Drogue et la Toxicomanie, ouf) affirme sur France Inter le 18 janvier 2006 : «Le cannabis, au début ça aide, et après ça va aggraver les choses. […] C’est le rôle des pouvoirs publics, d’expliquer, d’en parler, de lever les tabous, qu’il puisse y avoir un dialogue sur les drogues et en particulier sur le cannabis».
De temps en temps, une accalmie se produit, on nous fout la paix une douzaine d’heures avec les massacres de tabous. Et même une journée entière. Voire deux. Alors l’étonnement point. On se dit : «Tiens, le tabou va-t-il repeupler nos vies quotidiennes comme le loup le parc du Mercantour ou l’ours les Pyrénées, au grand dam des burinés bergers barbus ?» Mais non, contrairement à ces prédateurs séculaires, le tabou ne dispose d’aucun relais dans l’opinion. Plus personne n’en veut, il paraît autant le bienvenu qu’un canard crevé au bord d’un étang d’une région avicole.
Il suffit pour s’en convaincre de regarder ceux qui ne se réjouissent pas de sa liquidation. «Panne de tabous» titrait Bertrand Poirot-Delpech à l’époque lointaine où il tenait encore chronique dans Le Monde. Et dans le premier tome d’Après l’Histoire, Philippe Muray se demandait dès 1998 en quoi de présentable l’Occident allait pouvoir transformer le tabou de l’inceste, auquel il lui faudra bien s’attaquer un jour ou l’autre. Nous devrions nous méfier, car la réalité a de plus en plus régulièrement tendance à correspondre exactement, avec dix ou quinze ans de retard, aux anticipations cauchemardesques de Philippe Muray.
Autant dire qu’avec un comité de soutien composé d’un académicien septuagénaire et d’un visionnaire prématurément trépassé, le tabou ne va pas aller loin. Pourvu que Benoît XVI ne s’en mêle pas, par-dessus le marché !
Non, la trêve ne dure jamais longtemps. Les battues anti-tabou reprennent de plus belle, aboutissant à des lynchages tabouphobes suivis d’ignobles curées tabouphages. On assiste à des exécutions sommaires filmées n’importe comment à la Ceaucescu.
«Le Medef sans tabous», applaudissait Le Figaro dans son éditorial du 18 janvier 2006. Quelle santé, quelle audace, cette Laurence Parisot ! Quel pari sot, surtout, un Medef sans tabous !
Peu après deux lesbiennes nantaises assignant au tribunal la CPAM qui refusait de leur verser un congé de paternité se plaignaient dans Libération : «La famille reste institutionnelle, taboue». (Si quelqu’un comprend vaguement le sens de cette assertion absconse, merci de me faire signe).
Le persévérant Patrick Bloche, président de la mission d’information sur la famille, se souvient, plein de fierté, dans le même journal : «Il faut revenir en arrière, au moment du débat sur le Pacs. C’était la première fois qu’on légiférait sur le couple homosexuel, qui n’était plus un sujet tabou» (24 janvier 06).
Le lendemain, Amélie Gonzalez enchaîne dans Télérama : «L’alcoolisme, peut-être plus que tout autre dépendance, est un sujet tabou, vécu dans la souffrance, l’anonymat, la honte». Après la «Pute Pride» qui s’est tenue le 18 mars dernier à Pigalle, bientôt une «Pochtron Pride», avec titubation obligatoire dans le cortège ?
Absolument pas découragé en contemplant ce gigantesque cimetière, David Pujadas déniche un rescapé aussitôt liquidé le jeudi 26 janvier 2006 : «À propos de la pédophilie, une campagne vient de commencer en Allemagne, une campagne qui brise un tabou et qui peut mettre mal à l’aise. Elle s’adresse aux pédophiles eux-mêmes, en les encourageants à se signaler».
Le 27 janvier sur France-Inter dans l’émission «Franc-parler», c’est un Jean-François Copé en pleine forme qui déclare : «Je pense que dans ces sujets-là il ne faut plus qu’il y ait de tabous». Il parlait de la violence scolaire.
Le 31 janvier, la fulgurante Cécile Prieur du Monde déclare tout d’un coup, sans reprendre sa respiration : «Le tabou de la sélection à l’entrée en première année de médecine pourrait être levé».
Parfois, des aventuriers dégottent des tabous surprenants, nichés jusques en des recoins insoupçonnables. Ainsi apprend-on attristé quelques heures plus tard sur France 3 : «Un vieux tabou du football associatif est tombé : la Ligue 1 s’ouvre aux marchés financiers».
«Si la sécurité de l’emploi demeure un attrait non négligeable du secteur public, une étude lève le voile sur le sujet encore tabou des précaires de la fonction publique», notait quant à elle madame Chabaud dans L'Humanité du 22 février 2006 (non par Arlette, Christelle. Christelle Chabaud. Arlette c’est Chabot. Ou Laguiller. Mais certainement pas Chabaud).
Conscient de la nécessité d’inculquer le plus tôt possible l’aversion du tabou aux nouvelles générations, le magazine lycéen Phosphore de février 2006 donne la parole à la chanteuse Princess Aniès qui, vantant la singularité du rap au féminin, tabouscule à son tour : «On s’aventure sur des sujets tabous pour les hommes. Moi, par exemple, j’ai abordé le thème de l’homophobie des rappeurs, un thème super tabou». Super tabou mais surtout super intéressant.
Tabou, pauvre tabou…
Tabou, forme francisée de taboo, attesté pour la première fois en Europe dès 1777 sous la plume du capitaine Cook («When any thing is forbidden to be eat, or made use of, they say that it is taboo»), dans le journal de son premier voyage vers le Pacifique sud.
Taboo, du polynésien tapu : «interdit, sacré», sur lequel Lévi-Strauss ou Freud construisirent quelques-unes de leurs plus admirables théories.
Tabou, infortuné substantif, il a fini de servir maintenant, remâché par tant de bouches qu’il n’est plus déchiffrable, comme ces précieuses missives amoureuses oubliées dans la poche d’un vêtement qui ressortent en lambeaux humides du tambour de la machine à laver. Son sens en est perdu, irrémédiablement, et peu à peu le signifié a rejoint le signifiant, aspiré dans le néant par la réitération mécanique et massive.
Et, l’autre soir, Le Monde publiait une tribune de l’historienne Esther Benbassa, consacrée au «gang des barbares». Toute occupée à préparer son «Pari(s) du Vivre-Ensemble : une semaine de lutte contre les discriminations et pour la rencontre des différences» (re-ouf), elle se demandait, indécise, si la sauvagerie dont avait fait preuve les ravisseurs de ce jeune homme beau comme un soleil détenu et torturé trois semaines durant au fond d’une cave sordide, elle se demandait si cette sauvagerie, peut-être, par hasard, entre autres supputations, éventuellement, on ne devait pas l’imputer à «une absence totale de tabous».

06/04/2006

Le Maître du Haut Château ou la vérité truquée de l'art

Crédits photographiques : Aly Song (Reuters).

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05/04/2006

La Francia que espera a los reyes de España : un país en llamas, par Juan Pedro Quiñonero

Crédits photographiques : Torsten Blackwood (AFP/Getty Images).

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