06/06/2008
La littérature sous le soleil noir de la violence, 4

Rappel
La littérature..., 1.
La littérature..., 2.
La littérature..., 3.
Le cœur des ténèbres : la violence est le langage
Le cœur des ténèbres pourrait être celui dont parle le grand Joseph Conrad (cette nouvelle splendide de l'auteur de Lord Jim a inspiré Apocalypse Now de Francis Ford Coppola), dans lequel un aventurier du nom de Kurtz s'égare dans les profondeurs de la jungle africaine où il commande une poignée de sauvages qui lui sont fanatiquement soumis, le prenant pour quelque démiurge dont les agissements leur demeurent impénétrables.
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03/06/2008
La littérature sous le soleil noir de la violence, 3

Rappel
La littérature sous le soleil noir de la violence, 1.
La littérature sous le soleil noir de la violence, 2.
Violence et voie négative
C'est, ici, le point essentiel que j'aimerais développer. Il est ardu, puisqu'il ne concerne plus la simple question d'images de violence telles que la littérature les produit d'abondance, mais qu'il essaie de poser l'équivalence, fondamentale à mon sens, entre la littérature et la violence. Mais, auparavant, examinons brièvement un aspect important de la question, qui va tenter de cerner par quel biais, presque toujours, l'œuvre littéraire va évoquer l'intrusion de la violence. Et affirmons, d'emblée, que cette idée va contre la célèbre analyse posée naguère par Bataille, à propos du cas Sade.
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30/05/2008
La littérature sous le soleil noir de la violence, 2

Rappel
La littérature sous le soleil noir de la violence, 1.
La littérature et l'expérience souveraine de la violence
La violence moderne, ou, si l'on tient à ce vocable ridicule, la violence post-moderne, parce qu'elle s'exerce sans Dieu, est devenue destin, idole, simulacre, image trompeuse qui nous commande non pas la distance respectueuse et confiante analysée par Jean-Luc Marion, mais l'avachissement, la prosternation universelle devant les totems criards chers à Rimbaud, la crainte blafarde. Réglée même, elle est devenue routinière, nécessaire, un des rouages de la grande machine technocratique. Ainsi, lorsque le rouage grippe et que la machine s'emballe, un peu d'huile (un peu d'huile sur le feu) suffira à relancer le moteur placide en évitant la chauffe; ici quelques promesses de lendemains qui chantent, quelques lavements incolores sur la piteusement célèbre fracture sociale, là quelques coups de matraque pour résorber, avec la turbulente saillie des jeunes, l'inquiétude comique du bon citoyen : désormais, le déroulement du culte désacralisé peut retrouver sa lamentable monotonie, comme un vieillard perclus ronflant sous le soleil de l'ennui, funambule débarrassé de tout souci (4) et ne parlant plus la langue du monde, passant stochastique dédouané de toute dette (5).
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23/05/2008
La littérature sous le soleil noir de la violence, 1

Tout hurle et flambe. La terre harassée s'est retournée dans un dernier hoquet et dégorge la multitude en décomposition, les monstres de l'océan flairent avec dégoût les noyés que charrient les flots, ils cognent leur mufle contre les minuscules caparaçons qui protègent ridiculement les derniers hommes, avides de tuer, de brûler et de violer, pour signer une dernière fois le vélin de leur histoire sordide, risible et cruelle, avec le sang de leurs victimes. Quelques-uns, levant le regard qu'ils détournent un instant de l'horreur dans laquelle ils pataugent, aperçoivent sur l'horizon rougeâtre les quatre cavaliers retenant leur monture décharnée, impatiente de brouter les charognes. Enfin ils s'élancent, portant dans les villes incendiées la mort et la famine, la peste et la désolation, la bonne nouvelle de l'armée de Dan, jetée sur la multitude terrorisée par l'Abomination qui a gravi le puits de l'Enfer, accompagnée par les monstres inconnus de l'Apocalypse, afin d'accomplir la dernière œuvre, la destruction totale du monde.
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